La septième fonction du langage
Lecture

La Septième Fonction du langage de Laurent Binet

Cette semaine, je vous reviens avec La Septième Fonction du langage de Laurent Binet, un roman assez particulier qui mêle le polar rocambolesque à la théorie linguistique et à l’analyse politique. Le tout, saupoudré d’un peu de philosophie…

De cet auteur, j’avais lu HhHH, il y a quelques années qui m’avait fortement enthousiasmée. Je partais donc avec des attentes positives sur ce roman, d’autant plus que mon amie J. m’en avait dit du bien quelques jours plus tôt [ce qui m’avait enfin décidée à sortir de ma PAL où il patientait depuis près de 3 ans…].

Résumé

Février 1980, Roland Barthes est renversé par une camionnette de blanchisserie, à quelques pas de son appartement, alors qu’il sortait tout juste d’un diner chez Jack Lang. S’ensuit une série d’événements curieux qui laisse penser que ce qui ressemblait à un banal accident de la route n’en était peut-être pas un. Le commissaire Bayard, qui n’apprécie que moyennement ces intellectuels qui font du genre, se voit assigner l’enquête. Voyant qu’il navigue dans un univers qu’il n’arrive pas à décrypter, il décide de réquisitionner Simon Herzog, un jeune professeur de sémiologie, pour lui servir de guide. Mais réalité ou fiction que cette enquête ? Tout cela semble un peu flou…

Ce que j’en ai pensé ?!

Je dirais que mon enthousiasme face à ma lecture a joué les montagnes russes… Je vous explique pourquoi.

J’ai beaucoup aimé me glisser dans ce monde d’intellectuels [principalement français, mais pas que] et découvrir leur travail, mais aussi les petites guerres intestines qu’ils se livraient. L’auteur ne se prive pas de les tourner en ridicule et d’appuyer sur leurs défauts pour amuser son lectorat : Foucault, BHL et Sollers en prennent particulièrement pour leur grade. Le sexe et la drogue ont largement leur place dans cet univers qui semble finalement loin d’être aussi coincé que ce que l’on pourrait croire de prime abord. Néanmoins, j’ai trouvé que cela tournait un peu trop régulièrement à l’orgie et cela a fini par me lasser.

Bayard regarde Bifo en train de regarder Bianca. Dans l’ombre, Sollers montre Bayard à BHL. Pour passer incognito, BHL a mis une chemise noire.

L’auteur reprend un procédé dont il avait déjà usé dans HhHH qui est de replacer le·la lecteur.ice dans son propre rôle en l’interpellant à plusieurs moments du récit. C’est à double tranchant car cela permet d’attirer notre attention mais cela nous coupe également de l’intrigue.

Un autre thème récurrent, souvent amené par le biais des réflexions de Simon, est celui de la frontière entre réalité et fiction. Le jeune homme s’interroge à plusieurs reprises sur le fait qu’il pourrait être un personnage de fiction, ce qui nous fait évidemment sourire. Et, dès lors, qu’est-ce qui est réel et qu’est-ce qui ne l’est pas dans cette histoire ? La plupart des protagonistes existent ou ont existé dans la vie réelle, tout comme certains événements ont réellement eu lieu [le décès de Roland Barthes, l’élection présidentielle, la mort d’Hélène Rytman] mais pas toujours exactement de la manière dont ils sont narrés. D’autres événements et personnages sont totalement inventés. Personnellement, j’ai réussi à me plonger dans le roman en le prenant comme tel, c’est-à-dire, comme si tout n’était que fiction. Je suis allée vérifier certaines choses qui me posaient question par la suite. D’ailleurs, l’auteur propose des situations qui sont parfois absurdes ou particulièrement rocambolesques. Cela ne m’étonnerait pas qu’il ait volontairement grossi les traits pour que l’on ne puisse pas lui intenter un procès en diffamation pour des éléments qui auraient été trop ambigus [mais peut-être que j’extrapole totalement, allez savoir !].

Simon réfléchit pendant qu’il recule : dans l’hypothèse où il serait un personnage de roman (hypothèse renforcée par la situation, les masques, les objets lourdement pittoresques : un roman qui n’aurait pas peur de manier les clichés, se dit-il), qu’est-ce qu’il risquerait vraiment ? Un roman n’est pas un rêve : on peut mourir dans un roman. Ceci dit, normalement, on ne tue pas le personnage principal, sauf, éventuellement, à la fin de l’histoire.

La question que vous pourriez vous poser avant de vous lancer dans ce roman est “faut-il bien connaître les travaux de Barthes et consorts pour le comprendre ?“. Pas nécessairement. Bien sûr, je pense que cela doit amener d’autres clés de lecture, que ne décode pas un·e non-initié·e, mais on s’en sort tout de même, j’en suis la preuve ! Les concepts nous sont expliqués lorsqu’ils servent la compréhension de l’intrigue. Néanmoins, il est nécessaire d’avoir un certain intérêt pour ce genre de sujet, sinon le roman va rapidement vous ennuyer. D’ailleurs, cela a bien failli me perdre aux deux-tiers de l’ouvrage mais la curiosité pour l’intrigue m’a finalement rattrapée !

J’aimais également beaucoup le duo d’enquêteurs même s’il est un peu convenu : le vieux flic de droite qui n’aime pas les intellos contre le jeune prof de gauche, peu sûr de lui. Chacun évolue au fur et à mesure du roman.

L’emploi du mot “système” confirme au policier ce qu’il redoutait : il est tombé chez les gauchistes. Il sait d’expérience qu’ils n’ont que ce mot-là à la bouche : la société pourrie, la lutte des classes, le “système”, … Il attend la suite sans impatience. Foucault, magnanime, accepte de l’éclairer : […].

Et finalement, qu’est-ce que cette septième fonction ?! C’est ce que cherche à découvrir l’ensemble des protagonistes… Une manière pour l’auteur de nous montrer que la maîtrise du langage, c’est le pouvoir…

Vous l’aurez compris, j’ai aimé cette lecture même si je m’y suis perdue, par moments. Une chose est certaine, elle m’a donné envie de lire les ouvrages de tous les intellectuels dont il est question [sauf BHL et Sollers], ce qui a considérablement gonflé ma liste de livres à lire !

Infos pratiques

Si vous avez lu ce roman, je suis curieuse de connaître votre avis… Dites-moi tout !

2 commentaires

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