Le temps de l'innocence
Culture,  Lecture

Le Temps de l’innocence d’Édith Wharton

En février, Moka et Fanny ont voulu nous faire lire des classiques qui parlent d’amour… Alors, si vous me connaissez un peu vous savez que les histoires qui se passent trop bien, ce n’est pas trop mon truc… J’ai donc jeté mon dévolu sur un classique de la littérature américaine, qui a permis à son autrice d’être la première à recevoir le prix Pulitzer en 1921, Le Temps de l’innocence d’Édith Wharton.

En résumé

New-York, dans les années 1870. Archer Newland évolue dans la haute société de son époque, pleine hypocrisie et de faux semblants. Alors qu’il vient juste d’annoncer ses fiançailles avec la belle, pure et chaste May Welland, il fait la connaissance de sa cousine, la comtesse Ellen Olenska. Celle-ci s’accompagne d’une réputation sulfureuse depuis son retour en ville. Cette rencontre vient bousculer les convictions du jeune homme qui va remettre en question tous ses choix de vie.

Ce que j’en ai pensé ?!

Dans ce roman, nous suivons le point de vue d’Archer et naviguons à ses côtés, au milieu de cette haute bourgeoisie engoncée dans ses principes et ses préjugés. Le jeune homme en est un pur produit : vivant avec sa mère veuve et sa sœur, il s’occupe dans une étude de notaire, le jour, et court les diners mondains, la nuit. Après avoir profité des délices de sa jeunesse, il souhaite désormais se poser et, pour ce faire, il a jeté son dévolu sur May, une jeune fille très belle, qui lui semble un peu naïve mais suffisamment éduquée pour avoir des conversations vaguement intéressantes. De plus, elle est issue d’une très bonne famille, dont les relations pourraient lui être utiles [on fait difficilement plus romantique, vous en conviendrez ;)]

Au début du roman, il semble satisfait de son choix de vie. Pourtant, il ne tarde pas à tout remettre en question après avoir revu la comtesse Olenska, une jeune femme qu’il avait déjà connue enfant, avant qu’elle n’aille s’établir en Europe. Le personnage d’Ellen est particulièrement intéressant [tout comme celui de May, on y reviendra] : elle doit subir le jugement de sa famille et du gratin car elle a préféré quitter son mari, visiblement abusif, et sa fortune pour revenir vivre à New-York. L’autrice ne nous dit pas ce qu’il s’est passé exactement, si ce n’est que ce ne sont pas des choses très “agréables à entendre”. Helen est une femme libre, honnête, intelligente, qui aime l’art plus que les mondanités et cela ne plait pas énormément autour d’elle. Vous pensez bien, cela pourrait donner des idées à d’autres ! Toutefois, elle ne semble pas spécialement touchée par ce que ces autres peuvent bien penser d’elle.

Rien ne lui était plus agréable chez sa fiancée que la volonté de porter à la dernière limite ce principe fondamental de leur éducation à tous deux : l’obligation rituelle d’ignorer ce qui est déplaisant. “Elle sait aussi bien que moi, pensa-t-il, la vraie raison de l’absence de sa cousine ; mais je ne lui laisserais jamais deviner que je sais qu’il y a l’ombre d’une ombre sur la réputation de la pauvre Ellen.”

Archer admire Ellen pour sa liberté de pensée et en vient à critiquer tout ce qu’il adorait tant chez May, quelques jours plus tôt. Il fait d’ailleurs des réflexions assez détestables sur sa fiancée qui est beaucoup moins naïve qu’il ne le croit [mais je n’en dis pas plus, vous comme lui, vous le découvrirez si vous lisez le roman ;)]. Elle a simplement appris à naviguer dans cette société où les faux semblants règnent en maîtres.

A travers ce triangle amoureux et leurs interactions dans le monde, Édith Wharton propose une critique acerbe de la haute bourgeoisie new-yorkaise dont elle est elle-même issue [d’ailleurs, je me demande à quel point on la retrouve dans le personnage d’Ellen…]. Elle la met en concurrence avec la noblesse européenne qui lui semble beaucoup plus libre et cultivée. A travers Archer, elle critique d’ailleurs le faible intérêt de ses contemporains pour la littérature ou les autres formes d’art ainsi que leur côté enfermés sur eux-mêmes, coincés dans leur carcan. 

Le fait d’utiliser un personnage masculin qui, à la fois critique le côté tout tracé de sa vie maritale et encense la liberté d’esprit d’Ellen lui permet de mettre en avant des personnages féminins forts, sans en avoir l’air. Car, même si on ne le dirait pas au premier abord, ce sont les femmes qui tirent leur épingle du jeu dans le petit monde qu’elle nous décrit…

Le Temps de l’innocence est un roman dense, assez complexe, au style souvent pompeux pour coller avec le milieu qu’il nous décrit et dont l’issue ne pourra que vous étonner. Cela m’a donné envie de découvrir d’autres romans de cette autrice. Si vous en avez à conseiller, n’hésitez pas ! 🙂

Infos pratiques

  • Autrice : Édith Wharton
  • Titre : Le Temps de l’innocence
  • Traductrice : Diane de Margerie
  • Édition : J’ai lu, 2017
  • Nombre de pages : 308 pages
  • Genre : classique
  • Lu dans le cadre du challenge Les Classiques, c’est fantastique !

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