Une année à la campagne
Culture,  Lecture

Une année à la campagne de Sue Hubbell

On commence cette saison 5 des fantastiques classiques avec un récit que je voyais passer sur les réseaux depuis quelques semaines, avec de nombreux avis positifs : Une année à la campagne, de Sue Hubbell. Je pensais ce livre beaucoup plus récent et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir qu’il pouvait parfaitement entrer dans le challenge : plus aucune raison de reporter sa lecture !

Résumé

Sue Hubbell nous raconte, à travers une année, la réalité de son quotidien en tant qu’éleveuse d’abeilles vivant seule, avec ses deux chiens et son chat, dans les montagnes des Ozarks.

Ce que j’en ai pensé ?!

Baignée d’un rayon de soleil, je m’attardais à les contempler. Le monde semblait avoir poursuivi paisiblement sa course sans même que je m’en aperçoive. Envahie d’un sentiment de gratitude, je découvris qu’une partie de moi-même, disparue je ne sais où pour se laisser consumer par son chagrin et sa douleur, était revenue. J’étais remise sur les rails.

A priori, Une année à la campagne pourrait sembler quelque peu ennuyant : suivre le quotidien d’une ancienne bibliothécaire [complètement badass mais là, je divulgâche] qui a passé la cinquantaine et s’est reconvertie comme éleveuse d’abeilles au fin fond des Ozarks… ça ne vend pas spécialement du rêve [enfin, ça dépend pour qui]. Hé bien figurez-vous que j’ai dévoré ce récit en quelques soirées !

Le livre se découpe en cinq parties, suivant le cours d’une année : printemps – été – automne – hiver – printemps. Cela nous permet de faire une boucle temporelle, suivant les activités saisonnières de Sue. Et au-delà de nous raconter ses occupations et interactions avec ses voisins humains, ce que Sue nous invite à faire, c’est de nous arrêter avec elle pour explorer la magnifique vie de ses voisins non-humains ! A chaque saison, son voisinage change, se fait plus ou moins bruyants selon que l’on est dans la saison des amours ou celle du repos hivernal.

L’accouplement des grenouilles est une grande fête collective ; elles sont si nombreuses et leurs chants si intenses, si aigus que j’aime le soir m’approcher de la mare pour écouter leur chœur, qui, pour un humain, est à la fois grisant et étrangement troublant de si près.

En tant qu’ancienne biologiste, Sue a un sens de l’observation particulièrement développé et une assez bonne connaissance théorique des espèces qui l’entourent. Elle est passionnée par son environnement et s’enthousiasme, à chaque nouvelle rencontre, d’apprendre à mieux connaître la faune et la flore qui cohabitent sur ses arpents de terre. On ressent d’ailleurs fortement son respect pour la nature dans sa manière de nous en parler : elle tente de cohabiter au mieux avec celles et ceux qui ont élu domicile sur son domaine, sans se considérer comme maîtresse des lieux, sous prétexte que c’est elle qui possède les titres de propriété.

Je suis prise de vertige à l’idée de recenser tous ceux qui habitent ici : tous autant qu’ils sont semblent avoir revendiqué sur ce domaine certains droits aussi valables que les miens et peut-être même davantage.

Le plaisir qui se dégage de cette lecture tient également dans l’écriture très poétique de Sue et de son humour assez marqué. Je me suis retrouvée à pouffer, à plusieurs reprises, devant ses anecdotes : que ce soit celles qui mettent en scène certains animaux ou celles où elle se moque allègrement de ses propres maladresses.

Tazzie dut juger qu’elle avait affaire à quelque chat insignifiant car elle passa derrière l’oppossum et lui souleva le derrière avec son museau, le flairant comme elle en avait l’habitude avec le chat, comportement exprimant à la fois son affection et sa curiosité. L’oppossum qui n’avait sans doute jamais été soumis à telle indignité n’en revenait pas.

Sue ponctue également ses anecdotes de réflexions concernant sa vie de femme, d’un certain âge, vivant seule et dans une certaine précarité. Elle a appris à se débrouiller par elle-même, a noué des contacts avec ses différents voisins et voisines avec qui elle échange de menus services, se trouve rassurée par le fait que son âge ne la place plus dans la catégorie des “proies” pour les hommes qu’elle est amenée à croiser sur son chemin, lors de ses tournées de vente. Je trouve que c’est un exemple très inspirant.

Je me demande parfois où nous autres femmes d’un certain âge nous situons dans le tissu social une fois que la construction du nid a perdu de son charme. […] nous ne pouvons plus nous perdre dans les plaisirs et l’intimité du couple, hé bien, nous avons accédé à notre véritable identité. Nous avons également acquis un autre don précieux. Nous avons le Temps ou du moins, la conscience du Temps.

Cette lecture m’a donc fait un bien fou ! Pendant quelques jours, j’ai eu l’impression de m’échapper au fond de la forêt et cela m’a donné encore plus envie de partir m’isoler quelques jours ! Par contre, une chose est sûre, jamais dans les Ozarks car je n’ai pas le sang-froid de Sue quand je croise d’énormes araignées [venimeuses] ou des serpents [ce qui est nettement plus rare en Forêt de Soignes, fort heureusement !].

[Et je glisse cela l’air de rien mais ce classique pourrait bien s’adapter à un autre thème de la saison 5, si vous cherchez une excuse pour vous y plonger !]

Infos pratiques

  • Titre : Une année à la compagne (A Country Year : Living the Questions)
  • Autrice : Sue Hubbell
  • Traductrice : Janine Hérisson [pouvait-on choisir meilleur nom de traductrice pour ce livre ?!]
  • Édition : Folio, 2019
  • Nombre de pages : 272 pages
  • Genre : récit, nature writing
  • Challenge : Les classiques, c’est fantastiques – Saison 5

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