Lecture

La Fortune des Rougon d’Émile Zola

Il y a quelques années, je m’étais fixé comme objectif de lire l’entièreté de la saga des Rougon-Macquart d’Émile Zola, dans l’ordre de parution [certain⋅es diraient que cela vient confirmer mon côté psychorigide…]. Une fois l’intention posée sur papier, je l’avais bien vite laissée de côté… Il faut dire que ma première rencontre avec le Grand Émile ne s’était pas follement bien passée : merci la lecture imposée de l’Assommoir ! Mais, cette année, j’ai enfin pris mon courage à deux mains et je me sens lancée dans la lecture de La Fortune des Rougon.

Résumé

Dans ce tome introductif, nous faisons la connaissance d’Adélaïde Fouque qui est à l’origine de la lignée des Rougon-Macquart puisqu’elle a eu 3 enfants, de deux pères différents : Pierre Rougon, Antoine et Ursule Macquart. Dès l’enfance, Pierre dédaigna ses frère et sœur, considéré⋅es comme des bâtards car Adélaïde ne s’est jamais remariée avec leur père, et chercha à s’émanciper de sa famille pour faire fortune. On le retrouve adulte, en pleine guerre politique avec son frère comme principal opposant.

Parallèlement à ces querelles intestines, nous découvrons les premiers émois amoureux de deux enfants en quête de nouveaux idéaux.

Ce que j’en ai pensé ?!

J’ai été assez surprise par ce premier tome, notamment par les différences de style que nous propose Zola suivant les personnages auxquels les chapitres sont consacrés.

Le récit s’ouvre sur un rendez-vous amoureux entre Miette et Silvère, deux jeunes personnes qui souhaitent se dire adieu avant que l’adolescent ne s’engage dans une marche révolutionnaire qui soulève la campagne avoisinante. Les chapitres consacrés à ce couple sont emplis de poésie et de lyrisme. L’auteur y raconte la découverte des corps, mais aussi l’attachement profond des deux enfants. Les sentiments et les idées développées par les personnages semblent pures et sincères, éloignées de tout calcul. A côté de l’amour, on lit également l’ardeur révolutionnaire et la quête de justice.

Les parent tolèrent ces courses en pleine ténèbres; la morale rigide de la province ne semble pas s’en alarmer; il est admis que les amoureux ne s’arrêtent jamais dans les coins ni ne s’assoient au fond des terrains, et cela suffit pour calmer les pudeurs effarouchées. On ne peut guère que s’embrasser en marchant. Parfois, cependant une fille tourne mal : les amants se sont assis.

C’est tout le contraire dans les chapitres consacrés à Pierre Rougon et Antoine Macquart. Là, le ton est plein de fiel, l’auteur manie allègrement l’ironie pour se moquer de ces deux hommes que tout oppose, sauf leur égoïsme. C’est l’occasion pour Zola de témoigner des manœuvres politiques qui ont lieu dans le pays, à l’aube du coup d’État Bonapartiste. Les bourgeois et les nobles s’allient contre les Républicains car ils sentent le vent tourner. Ici, il n’est pas vraiment question d’engagement politique mais plutôt de course à la position qui rapportera le plus d’argent et de pouvoir… L’auteur nous propose des portraits au vitriol de ces êtres abjects.

Mais ces courtes phrases ne faisaient que fouetter la verve de Rougon. Il répondait à tout le monde. Il mimait l’action. Ce gros homme, dans l’admiration de ses propres exploits, retrouvait des souplesses d’écolier, il revenait, se répétait, au milieu des paroles croisées, des cris de surprises, des conversations particulières qui s’établissaient brusquement pour la discussion d’un détail; et il allait ainsi en s’agrandissant, emporté par un souffle épique.

Au fil des chapitres, nous croisons d’autres membres de la famille qui feront l’objet d’un prochain tome dans la série. La Fortune des Rougon pose le décor de cette fresque sociale du XIXe siècle.

J’ai bien aimé cette lecture, même si j’ai parfois sauté certains passages trop politiques qui m’ennuyaient un peu. J’ai été positivement surprise par la qualité de l’analyse psychologique que l’auteur fait de ses personnages, ainsi que par les nombreux traits d’humour, parfois noir, que l’on retrouve tout au long du roman.

C’est également intéressant de voir l’évolution de la connaissance médicale depuis cette époque car les maux qui touchent Adélaïde semblent fort ressembler à des crises d’épilepsie. Hors, le narrateur attribue davantage cela aux conséquences de ses mœurs “légères” qu’à une maladie connue.

Je suis curieuse de ce que la suite de cette série me réserve mais ce premier tome m’a permis de passer au-dessus de mes réticences et de me réconcilier avec Zola. C’est déjà un bon départ.

Infos pratiques

  • Auteur : Émile Zola
  • Titre : La Fortune des Rougon
  • Édition : Le Livre de Poche, 1970
  • Nombre de pages : 435 pages
  • Genre : classique
  • Challenge :

 

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