La Conquête de Plassans
Lecture

La Conquête de Plassans d’Émile Zola

Je rattrape doucement mon retard dans la lecture des Rougon-Macquart avec La Conquête de Plassans, quatrième tome de la saga.

Résumé

François et Marthe Mouret vivent paisiblement à Plassans avec leurs trois enfants jusqu’au jour où l’Abbé Faujas vient s’installer avec sa mère, au deuxième étage de leur maison. Lentement, l’équilibre de la vie familiale bascule tandis que l’Abbé semble prendre une place de plus en plus importante dans la vie de Marthe et dans celle de la bonne société de Plassans. François, qui n’aime pas particulièrement les hommes d’église, se sent peu à peu dépossédé de sa vie et sombre dans l’apathie.

Ce que j’en ai pensé ?!

Dans ce tome, nous retrouvons les Rougon de Plassans, puisque Marthe est la fille de Félicité Rougon et François, l’un des cousins de la branche Macquart.

Petits commerçants initialement installés à Marseille, ils ont fait fructifier leurs gains pendant 15 ans de dur labeur avant de revenir s’installer à Plassans pour couler des jours plus tranquilles. Ils ont deux fils qui approchent la vingtaine et une fille adolescente mais qui est restée enfant en esprit [petit clin d’œil aux ravages de la consanguinité, sans doute…].

Mouret déteste tout ce qui touche à la religion mais accepte de loger l’Abbé Faujas chez lui car il y voit l’occasion d’obtenir une rentrée d’argent régulière et facile. Zola témoigne ainsi des dégâts causés par des décisions uniquement prises sur base de ce qu’elles peuvent rapporter financièrement.

C’est un tome où il est énormément question de politique [et je vous avoue qu’entre royalistes, républicains, bonapartistes, etc., la Belge que je suis est toujours un peu perdue] : nous découvrons ici comment un homme censé rester en dehors de toute politique va manœuvrer pour s’intégrer dans la société de Plassans afin d’influencer les prochaines élections. Il s’agit d’un travail de l’ombre, mené pendant de nombreuses années avant de véritablement porter ses fruits. Comme dans Le Ventre de Paris, Zola nous montre les petites perfidies auxquelles s’adonnent les membres de la communauté : commérages, changements d’alliances, coups dans le dos et autres petites trahisons…

La religion a également une place importante dans ce roman et n’est vraiment pas montrée sous son meilleur jour : entre les hommes d’église qui pensent davantage à développer leur fortune et asseoir leur pouvoir qu’à aider leur prochain, le ridicule de l’Abbé Surin qui se donne régulièrement en spectacle avec les jeunes filles de la bonne société ou encore les dérives provoquées par les excès de “dévoterie” de Marthe, cela ne donne pas vraiment envie de faire sa profession de foi ! Ce que j’ai trouvé particulièrement subversif, c’est toute la sensualité que Zola a intégré lorsqu’il parle des effets de la foi sur Marthe. Par moments, on se demande s’il est toujours bien question de religion… 😉

J’ai trouvé qu’il y a aussi de nombreux relents de misogynie dans ce texte. Passons sur l’attitude pour le moins méprisable de l’Abbé Faujas vis-à-vis de Marthe : on sait que la religion n’est clairement pas en faveur des femmes [ô complices de Satan !], cela n’a rien d’étonnant.

Vous avez eu tort de me nommer de suite, lui dit-il rudement en la voyant si émue, si abandonnée devant lui. Mais vous êtes comme toutes les femmes, les meilleures causes se gâtent dans vos mains.

Par contre, j’ai nettement moins apprécié le message que Zola semble vouloir faire passer, à travers l’évolution du personnage de Marthe. En effet, toute sa vie paraît s’écouler parfaitement temps qu’elle reste sagement à la maison, à s’occuper du ménage et de la bonne tenue du foyer. Mais, dès qu’elle entreprend des activités à l’extérieur de la maison, toute sa vie bascule… Comme pour la punir d’avoir voulu s’émanciper et s’épanouir en dehors des quatre murs de son foyer. Beau message, monsieur Zola, ya pas à dire !

Cette lecture m’a également fait penser à ma soirée de mercredi (j’ai assisté à la Nuit des écrivains, à Bruxelles) pendant laquelle l’autrice Natacha Appanah parlait du fait que, de tout temps, nous avons créé des espaces pour parquer les “filles perdues”, ce qui est également le cas dans La Conquête de Plassans avec “L’œuvre de la vierge” : une institution mise en place sous l’égide de l’Abbé, avec l’aide de Marthe, pour redresser les jeunes filles pauvres de la ville qui se perdent, faute d’une éducation suffisante à la maison… [Par contre, j’ai aimé la petite dénonciation des penchants pédophiles de certains personnages… comme quoi, c’est pas nouveau !]

Ce fut vers le milieu de février qu’une déplorable aventure vint consterner Plassans. On découvrit qu’une bande de toutes jeunes filles, presque des enfants, avaient glissé à la débauche en galopinant dans les rues ; et l’affaire n’était pas seulement entre gamins du même âge, on disait que des personnages bien posés allaient se trouver compromis.

Vous l’aurez compris, dans ce tome, l’écrivain s’est surtout penché sur le développement du caractère de ses personnages [contrairement au précédent] et offre nettement moins de longues descriptions d’ambiance. La lecture de ce roman fut longue [tout comme cela a dû sembler long à Faujas de préparer sa conquête] mais Zola nous offre à nouveau une fin en apothéose qui rattrape les précédentes longueurs du récit. Mais bon, je ne vous cache pas que j’ai hâte de quitter Plassans pour aller voir comment s’en sortent les autres branches de la famille [oui, je sais, vu le titre, ce n’est pas encore pour le prochain tome…].

Infos pratiques

  • Titre : La Conquête de Plassans (Rougon-Macquart, tome 4)
  • Auteur : Émile Zola
  • Édition : Le Livre de Poche, 1968
  • Nombre de pages : 440 pages
  • Genre : naturalisme, roman classique

Un commentaire

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