Couverture de Le mystère de la femme sans tête
Culture,  Lecture

Le mystère de la femme sans tête de Myriam Leroy

Si vous me suivez depuis un moment, vous savez que je suis assidûment le travail de Myriam Leroy. Vous ne serez donc pas surpris·es de voir Le mystère de la femme sans tête par ici dès sa sortie…

Résumé

Au détour d’une promenade au cimetière d’Ixelles, en plein confinement, la narratrice découvre une tombe qui la surprend : celle de Marina Chafroff, sur laquelle il est précisé “décapitée”. Elle se lance alors dans une enquête pour découvrir qui était cette femme et les raisons de son exécution en pleine Seconde Guerre mondiale. C’est cette enquête et l’histoire romancée de Marina que Myriam Leroy nous raconte ici.

Ce que j’en ai pensé ?!

Encore une fois, je me suis laissée happer par le récit qui nous est raconté. D’autant plus facilement que je visualisais parfaitement tous les lieux fréquentés par Marina, et pour cause : je vis dans ce quartier. C’est très particulier comme expérience de lecture.

J’ai beaucoup aimé suivre l’histoire de Marina [son installation à Bruxelles, son amour naissant et l’évolution de sa vie de femme mariée] dont les blancs sont comblés par l’imagination de l’autrice et par le recours à ses propres expériences [certains passages m’ont d’ailleurs rappelé Les yeux rouges]. Les chapitres sont courts, la langue percutante : on s’envole avec l’héroïne, d’abord sur les hauteurs où l’emmène son amour pour Youri puis on plonge avec elle dans les tréfonds de l’angoisse et de la révolte silencieuse.

Quand Marina réalisait qu’elle était prisonnière sur terre, elle franchissait des crêtes de nervosité derrière lesquelles elle craignait de tomber.
Un aigle s’invitait au-dessus de la tête de la jeune femme, déployant son ombre et des serres qui venaient la chatouiller.

Une chose qui m’a interpellée, parce qu’on a encore trop peu souvent l’habitude de le voir dans les romans, ce sont les descriptions du corps du Youri [à travers le regard de Marina] et du désir que la jeune femme ressentait pour celui qui deviendrait son mari. Certaines sont plutôt explicites d’autres beaucoup plus poétiques.

Elle n’avait d’autre aspiration que de frictionner à ses côtés la démangeaison qui l’électrisait depuis qu’elle l’avait vu sortir de l’eau.

L’autrice alterne les chapitres historiques avec des moments au présent, rédigé à la 2e personne du singulier. C’est à elle-même qu’elle s’adresse pour nous décrire les questionnements qui sont les siens tout au long de la rédaction, pour nous raconter les petites coïncidences qui viennent la convaincre qu’elle DOIT écrire l’histoire de Marina. Je ne sais pas à quel point tout ce qu’elle intègre dans ces chapitres est véridique mais je trouve cela très intime : nous partager son ressenti au cours de l’écriture. C’est toujours quelque chose qui me passionne dans les écrits d’auteurices. C’est d’autant plus intéressant, ici, que certains proches de Marina vivent encore et que l’autrice les a rencontrés pour réaliser son roman. Doit-elle faire confiance à leurs souvenirs ? Peut-elle s’en écarter ?
Et je suis toujours sidérée par le manque de confiance en elle que Myriam Leroy semble ressentir [d’après ce qu’elle dit ou écrit ici et là] alors qu’à mes yeux, c’est l’une des personnes les plus brillantes du paysage médiatique bruxellois. Certaines de ses réflexions m’ont beaucoup touchée parce qu’elles résonnent sans doute un peu trop avec mes propres peurs.

Et tu dois bien l’avouer, tu as de la peine pour toi aussi par anticipation, dans un drôle de carambolage entre ton image et celle de la femme sans tête, qui te renvoie au fait que toi, tu n’as rien accompli de prodigieux, tu n’as pas d’enfant… Et ton passage sur terre sera encore plus vite oublié.

Le récit est également ponctué de réflexions féministes [et, parfois, délicieusement misandres] que ce soit à propos de la situation des femmes à l’époque où vivait Marina ou celle que nous connaissons actuellement. Certaines m’ont fait rire un peu jaune, d’autres m’ont parfois semblé tomber comme un cheveux dans la soupe [et c’est sans doute le principal reproche que je ferais à ce roman].

Dans Le mystère de la femme sans tête, j’ai retrouvé le ton cynique que j’aime tant chez l’autrice, j’ai découvert une histoire incroyable, qui s’est passée à quelques rues de chez moi et dont je n’avais jamais entendu parler alors que, soyons honnête, Marina mériterait au moins une statue à son effigie dans Ixelles et quelques rues à son nom !

Plus tu remues le passé, plus tu comprends que ce qu’on appelle vérité est la version du dernier qui a parlé. Et que le dernier qui a parlé est généralement un militant, car le militant a ce muscle, cette énergie, celle de revenir sur les lieux qu’on croyait désertés pour y inscrire sa pensée et faire murmurer les reliques.


Bref, j’ai passé un très bon moment avec cette première “vraie” lecture de 2023 !

Infos pratiques

  • Titre : Le mystère de la femme sans tête
  • Autrice : Myriam Leroy
  • Édition : Seuil, 2023
  • Nombre de pages : 286 pages
  • Genre : contemporain, historique
  • D’autres échos : l’avis de Fanny

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