Couverture du Désir dans la cage
Lecture

Le désir dans la cage d’Alissa Wenz

Dans Le désir dans la Cage d’Alissa Wenz, nous partons à la découverte d’une grande compositrice, Mel Bonis, contemporaine de Debussy, mais dont le travail avait été quelque peu oublié.

Résumé

Le désir dans la cage est la biographie romancée de la musicienne et compositrice Mel Bonis. On rencontre Mélanie peu après le décès de sa jeune sœur Clémence, âgée de deux ans. Mélanie en a 7. Elle trouve alors du réconfort dans l’apprentissage du piano, qui jusque-là, prenait la poussière dans la maison familiale. On la suit ensuite tout au long de sa vie, alors qu’elle doit régulièrement lutter pour vivre une vie pleine, sans s’oublier dans les rôles que la société lui a assignés.

Ce que j’en ai pensé ?!

Il te semble que tu as perdu ta vie par politesse.

J’ai été directement happée dans ce roman, sans doute grâce à la narration à la 2e personne du singulier, qui donne l’impression d’être dans les pensées de Mélanie, qui se parle à elle-même.

Mélanie est une enfant autodidacte, attirée par cet instrument qui trône au milieu du salon et lui permet de briser le silence de la maison familiale. Malgré son talent, ses parents ne consentent à lui offrir des leçons qu’à partir du moment où l’un de leurs amis les convainc que cela pourrait aider Mélanie à trouver une bonne situation maritale. Une femme qui joue du piano, c’est délicieusement divertissant pour un mari !

A chaque étape de son apprentissage, Mélanie est confrontée à la misogynie de son époque : jamais une femme n’aura vraiment sa place dans le milieu de la musique. Tout juste sont-elles tolérées dans les cours mineurs ! Mais force est de constater que le talent de Mélanie dépasse les attentes : peu à peu, on lui ouvre de nouvelles portes. Elle reste évidemment chaperonnée dans tous les cours où elle doit partager le jeu avec des hommes et ne peut jamais rejoindre ses camarades lorsqu’ils continuent leurs discussions au café. Mais qu’importe : elle apprend et elle crée !

Le temps file et l’amour s’invite dans l’équation… Rapidement douché par les attentes matrimoniales de ses parents. Non, la jeune fille ne pourra pas épouser Amédée et ne le rejoindra pas en Italie. Ses parents lui ont trouvé un mari parfait : déjà veuf deux fois, père de cinq garçons mais, surtout, très riche. Peu importe qu’il ait 47 ans alors qu’elle n’en a pas 25 ! Mélanie n’a pas d’autre choix que de céder à la décision de ses parents et s’en remet à Dieu.

Les années passent et on la voit se conformer à ce nouveau rôle de mère et d’épouse jusqu’au jour où l’amour de la musique reprend le pas sur ses obligations familiales. C’est comme une vague à laquelle elle ne peut résister. Et celle-ci va lui faire traverser quelques tempêtes !

Ce roman, c’est l’histoire d’une grande artiste dont la famille bride le talent, parce qu’elle est une femme. Chaque fois qu’elle parvient à redonner la priorité à la musique, son talent est reconnu. Mais la vie se charge alors de lui rappeler douloureusement que sa place, la seule valable, est celle d’une mère ou d’une épouse.

C’est aussi une très belle histoire d’amour entre deux personnes qui exprimeront longuement leurs sentiments, uniquement à travers le travail et la musique, à défaut de pouvoir pleinement leur donner libre cours.

J’ai parfois eu l’impression que tout s’enchainait un peu trop facilement dans ce récit, que Mélanie, malgré la décision parentale initiale, avait beaucoup de chance dans la tournure que prenaient les différents événements, même dans les périodes de plus grand malheur. J’avais parfois de la peine à trouver cela entièrement crédible et je suis curieuse de creuser pour déterminer ce qui tient vraiment de sa biographie et ce qui est pure invention de l’autrice.

Le désir dans la cage témoigne aussi d’une impossibilité à communiquer entre Mélanie et son mari, Albert. Ce dernier est décrit comme gentil, doux, profondément épris de sa jeune épouse. Et j’ai comme l’intuition qu’il n’est pas aussi aveugle que l’histoire veut nous le faire croire [sinon, vraiment, comment a-t-il pu être aussi naïf et faire aussi grande fortune, en ce monde ?]. Je crois qu’il choisit de faire celui qui ne voit pas : à la fois pour le bonheur de celle qu’il aime, mais aussi, pour ne pas faire exploser les apparences.

Or, si Mélanie s’était davantage ouverte à Albert, à propos de ses sentiments, certaines tragédies auraient-elles pu être évitées ? De plus, il est intéressant de voir que, malgré le fait que Mélanie tentera toute sa vie de ne pas reproduire les mêmes erreurs que sa mère, en termes d’éducation, elle finira par se retrouver dans une situation étrangement similaire à la sienne. Piquante ironie du sort.

J’ai beaucoup aimé ce roman, même si certains éléments m’ont fait soupirer très fort [on en parle de l’épisode de sa quatrième grossesse ?!]. Je vous le recommande donc si vous aimez les histoires de femmes qui se battent contre leur condition pour tenter de suivre, même un tout petit peu, leurs désirs profonds.

Infos pratiques

  • Autrice : Alissa Wenz
  • Titre : Le désir dans la cage
  • Édition : Les Avrils, 2025
  • Nombre de pages : 288 pages
  • Genre : contemporain

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