Le Complexe de la sorcière
Lecture

Le Complexe de la sorcière d’Isabelle Sorente

Une semaine après la deuxième rencontre avec Les Ponctuelles à laquelle j’ai participé, je reviens vous parler du livre qui était au programme : Le Complexe de la sorcière, d’Isabelle Sorente.

Résumé

Pour Isabelle Sorente, l’écriture d’un roman commence toujours de la même manière : une image lui apparaît et elle sait qu’elle va construire son histoire autour de celle-ci. Alors, quand cette femme au crâne rasé lui est apparu la première fois, elle a pensé que le phénomène habituel avait lieu et elle a commencé à creuser pour savoir qui pouvait être cette femme. Peut-être une sorcière ?

Mais cette fois, l’histoire ne s’est pas construite aussi facilement…

Ce que j’en ai pensé ?!

Il existe une expression dans la langue française où le masculin ne l’emporte pas, c’est la chasse aux sorcières. C’est étrange quand on y pense.

Le Complexe de la sorcière est un ouvrage hybride : entre le roman, l’essai et l’autofiction. Il se découpe en plusieurs parties, toutes fort différentes les unes des autres. La première partie, “Apparition” est celle qui s’approche le plus de l’essai : l’autrice nous fait part de ses recherches sur l’Histoire des sorcières, les grandes chasses, etc. Elle cite certains textes fondateurs mais on peut regretter l’absence de sources ou de bibliographie pour tout ce qui concerne cette partie. De mon côté, je n’y ai pas appris grand chose car j’ai déjà pas mal lu sur le sujet. Mais j’ai aimé cheminer avec l’autrice, voir quels liens elle tissait entre les informations qu’elle découvrait, lire ses impressions face à ses lectures, etc. Assez surprenamment, j’ai été tenaillée par une boule d’angoisse à la lecture de cette première partie, comme si je sentais se resserrer autour de mon cœur l’étau de l’Inquisiteur.

Puis, le sujet du roman va radicalement changer dans la 2e partie : l’autrice nous raconte son adolescence et plus particulièrement, un pan assez sombre de celle-ci, qu’elle relie à ses récentes découvertes.

Vient ensuite la question du pardon : serait-ce la clé pour avancer, pour libérer la sorcière ? Celle-ci souhaite en tous cas qu’Isabelle Sorente réfléchisse à cette question : a-t-elle pardonné aux personnes qui lui ont fait du mal à l’époque ? Et à ses parents ? Là encore, elle évoque les traumatismes qui peuvent se transmettre d’une génération à une autre… Cette question est presque le point de départ de son livre.

La dernière partie se penche sur le sujet ô combien complexe de l’amour. Comment réconcilier la Sorcière et l’Inquisiteur ? Est-ce que cet antagonisme se reflète dans nos relations hétérosexuelles ? Pour trouver la réponse, l’autrice convoque ses meilleures amies et elles discutent ensemble de leurs relations amoureuses passées et présentes. Elles mettent des mots sur certains schémas qu’elles n’avaient pas identifiés jusque là. J’ai beaucoup aimé cette partie : je serais bien restée plus longtemps à lire les histoire de ces femmes.

Dans cet ouvrage, il est aussi largement question des méfaits de la misogynie qu’elle provienne des hommes ou de femmes qui l’ont profondément intégrée ; des relations mères-filles, du rôle de la lecture et de la méditation comme échappatoires mais aussi comme outils d’empouvoirement. La psychanalyse est aussi largement présente. Le tout est surplombé par cette figure de la sorcière qui semble être l’origine ou l’explication de nombreux événements du présent.

Ma mère m’a souvent dit que c’était tard, très tard, à l’occasion de sa maladie, qu’elle avait compris l’impact de la misogynie dans sa vie. Impact destructeur et surtout sournois, car la chose, selon elle, avançait masquée. Une femme ne se rend pas compte qu’elle n’aime pas les femmes, elle croit que ça ne peut pas se retourner contre elle. Mais la misogynie la blesse, l’abîme, l’étouffe à son insu.

C’est foisonnant : peut-être même un peu trop. L’autrice lance plein de pistes qu’elle abandonne en cours de route ou n’approfondit pas suffisamment à mon goût. C’était parfois frustrant et cela donne une impression un peu brouillonne à certains passages. En effet, malgré une structure initiale qui semble assez claire, l’autrice m’a parfois perdue à travers les toiles qu’elle tisse, certaines de ses réflexions étaient sans doute trop ésotériques pour la pragmatique que je suis.

Néanmoins j’ai aimé cette lecture qui m’a donné envie de voir ce qu’Isabelle Sorente avait d’autre à nous proposer. Si vous avez lu un autre de ses romans, n’hésitez pas à me le conseiller !

Infos pratiques

  • Titre : Le Complexe de la sorcière
  • Autrice : Isabelle Sorente
  • Édition : Folio, 2021
  • Nombre de pages : 317 pages
  • Genre : autofiction, enquête
  • Challenges : Mars au féminin, En sortir 22 en 2022

 

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