La cloche de détresse
Culture,  Lecture

La cloche de détresse de Sylvia Plath

Le challenge #ensortir23en2023 continue avec La cloche de détresse de Sylvia Plath. J’ai récemment écouté un podcast avec Julia Kerninon qui était consacré à l’autrice, ce qui m’a donné envie d’exhumer ce roman qui prenait la poussière dans mes bibliothèques.

Résumé

Esther est une jeune femme issue d’une famille modeste et qui est parvenue à effectuer de brillantes études grâce à une bourse, sponsorisée par une célèbre écrivaine de sa région. A cette occasion, elle est sélectionnée pour passer un mois de stage à New York avec une dizaine d’autres jeunes filles. Là, elle goûte à une vie fastueuse faite de soirées de gala, de diners dans de grands restaurants et de nuits à l’hôtel. En échange de ces nombreux cadeaux, elle doit rédiger des articles dans un magazine de mode. Mais au fur et à mesure que son stage avance, Esther sent se déposer au-dessus d’elle une cloche de verre qui lui ôte toute envie de vivre.

Ce que j’en ai pensé ?!

Pour la personne qui se trouve sous la cloche de verre, vide et figée comme un bébé mort, c’est le monde lui-même qui est le mauvais rêve.

J’ai été très agréablement surprise par le ton employé par l’autrice pour faire s’exprimer sa narratrice. Tout le récit est raconté au “je” et est empreint de beaucoup d’humour et de cynisme. Esther est régulièrement piquante, que ce soit lorsqu’elle parle de ses proches ou de personnes plus éloignées de son cercle.

Dans ce récit, Esther décortique son histoire d’amour avec Buddy Willard, un ami d’enfance avec qui elle semble condamnée à se marier. Or, elle n’est pas dupe du comportement hypocrite de Buddy qui a d’abord joué sur plusieurs tableaux avant de la choisir comme épouse potentielle. Cela laisse place à des réflexions très féministes sur le droit des femmes à disposer de leur corps et à expérimenter leur sexualité avant le mariage.

Et je savais qu’en dépit des roses, des baisers, des diners au restaurant qu’un homme déverse sur une femme avant de l’épouser, ce qu’il souhaite réellement une fois la cérémonie achevée, c’est qu’elle s’écrase sous ses pieds comme le tapis de madame Willard.

Elle témoigne aussi d’une envie de ne pas avoir à choisir entre la vie de mère et d’épouse et celle d’autrice. Elle voudrait pouvoir tout faire, que son talent soit reconnu. Elle préfigure la girlboss des années 80 tout en pressentant que cette posture est difficilement atteignable.

Mon problème, c’était que l’idée de servir les hommes de quelque façon que ce soit m’horripilait. Je voulais dicter moi-même mes lettres passionnantes. En plus de ça, les petits signes de sténo que j’avais vus dans le livre de ma mère me semblaient aussi déprimants que les signes “t” qui désignent le temps, ou “s” la distance totale…

Mais le sujet principal du roman est celui de la santé mentale et une dénonciation de la manière dont les femmes étaient “soignées” dès lors qu’elles témoignaient d’une détresse quant à l’idée de devoir se fondre dans le moule que la société a créé pour elles. Esther raconte ses tentatives de suicide, son incapacité à écrire et à dormir, son absence d’intérêt pour l’avenir, etc. Elle raconte également l’impact sur son corps des traitements qui lui sont administrés et sur l’image qu’elle renvoie aux autres. Enfin, elle aborde la relation qu’elle entretient avec les équipes soignantes et le sentiment de trahison qui l’étreint à plusieurs reprises.

Je ne comprenais pas comment le docteur Nolan pouvait affirmer que l’on s’endormait pendant une séance d’électrochocs sans en avoir subi elle-même. Comment savait-elle que la personne n’avait pas juste l’air endormie, mais qu’en réalité, pendant toute la séance, elle ressentait les volts bleus et le bruit ?

C’est un roman à la fois drôle et triste, d’autant plus lorsque l’on sait que l’autrice s’est inspirée de sa propre expérience pour l’écrire et qu’elle a mis fin à ses jours quelques semaines après sa publication.

Je suis maintenant curieuse de lire sa poésie, dont elle était bien plus fière que de ce roman.

Et lors de ma dernière virée en librairie, je suis tombée sur la biographie Sylvia P. écrite par Ananda Devi. Heureuse coïncidence ? Dites-moi ce que vous en avez pensé si vous l’avez lu ! 🙂

Infos pratiques

  • Titre : La cloche de détresse
  • Autrice : Sylvia Plath
  • Traductrice : Caroline Bouet
  • Édition : Denoël, 2014
  • Année de première publication : 1963
  • Nombre de pages :

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