L'arbre-monde
Lecture

L’Arbre-monde de Richard Powers

Quand est-ce, la dernière fois que vous avez vraiment regardé les arbres qui croisent votre chemin ? Vraiment, pas juste de poser vos yeux dessus, en passant ? Si vous lisez cette pépite qu’est L’Arbre-monde de richard Powers, vous ne pourrez plus vous empêcher de les regarder avec attention !

Résumé

9 personnes aux vies et aux caractères parfois diamétralement opposés partagent un point commun : un rapport particulier avec la nature, et plus particulièrement, avec les arbres. Cela va les conduire, pour la plupart, à s’engager dans la lutte pour leur préservation, lorsqu’elles vont comprendre la menace qui pèsent sur ces êtres vivants dont on connaît finalement si peu le fonctionnement.

Ce que j’en ai pensé ?!

Nous sommes face l’un de mes plus grands coups de cœur littéraire de ces dernières années. L’Arbre-monde est le genre de livre qui vous bouleverse et change votre manière de voir le monde [ouais, rien que ça !].

Ce qui saute au yeux, de prime abord [au-delà de la beauté de cette couverture mais concentrons-nous], c’est la structure de ce roman-fleuve qui suit celle d’un arbre. On commence par les racines : neufs chapitres, chacun correspondant à une personne [ou un couple dans le cas de Ray et Dorothy] qui aura un rôle dans la suite de notre histoire. Richard Powers nous brosse en un portrait plus ou moins rapide, partant de leur enfance/jeunesse jusqu’au commencement de l’intrigue. Dans chaque chapitre, l’auteur développe tout un champs lexical particulier qui joint la relation que la personne concernée a avec les arbres [deux exemples : les réseaux informatiques ou la peinture].

Elle replante son expérience derrière la maison, à un endroit où son père et elle aimaient s’asseoir les soirs d’été pour écouter ce que les autres gens appelaient le silence. Elle se remémore ce qu’il lui avait dit sur l’espèce humaine. Les gens, ces bienheureux, ne peuvent pas s’empêcher de griffonner sur les hêtres. Mais il y a des gens, des pères, sur lesquels les arbres gravent leurs mots.

Vient ensuite le tronc : leurs trajectoires se croisent, commencent à converger vers un intérêt, une cause commune : la préservation des grands arbres, parfois millénaires, qui sont déracinés pour être transformés en planche et nourrir les besoins du grand capital. Certain·es se rencontrent et lient leur destin à jamais pour défendre leurs idéaux.

On arrive alors à la cime : que se passe-t-il après ? Quand la cause semble perdue, que certains chemins doivent se séparer pour ne pas sombrer dans la folie de ce monde qui refuse d’arrêter sa course folle ? Est-ce qu’il faut continuer malgré tout ou changer de vie ? Est-ce qu’on peut seulement retourner à sa vie d’avant avec les connaissances acquises ?

Et enfin, les graines : celles qui se dispersent pour retenter de créer la vie ailleurs et nous garantir un avenir.

A présent, sa vie possède un luxe qu’il n’avait jamais connu : une destination, et quelqu’un avec qui y aller.

L’œuvre que nous propose Richard Powers est aussi complexe et gigantesque que ces arbres dont il nous fait découvrir les secrets. L’auteur use d’une plume magnifique tantôt poétique, tantôt cynique et toujours extrêmement riche. Je ne compte pas le vocabulaire que j’ai appris grâce à lui au cours de cette lecture ! Les personnages que nous rencontrons sont plein de nuances et de contradictions. Ils sont profondément humains et évoluent tous considérablement tout au long du roman. J’ai aussi été frappée par la construction des relations qui les lient : notamment la manière dont il a rapproché certains couples, sans tomber dans les clichés habituels. Ou la place de la transmission dans les relations qui sont présentées. C’est beau et sinueux. La question de la mort et du deuil est souvent présente, sous de nombreuses formes : douces ou brutales ; soudaines ou attendues.

Elle se politise. Se fait agitatrice. Elle déteste les agitateurs, qui vous harcèlent toujours pour quelque chose qui n’a rien à voir avec vous. La minute d’après, elle parle à la jeune maman apeurée du débat du 23 à la mairie. Et le fantôme de son père n’est pas bien loin, sous les pins, et lui sourit.

L’Arbre-monde est un véritable chef d’œuvre qui vous fera passer par tout le panel des émotions : du rire aux larmes, en passant par une tension extrême quand arrivent les moments cruciaux. Plusieurs fois, j’ai dû refermer le livre, bouleversée par ce que je venais d’y lire ou trop tendue pour pouvoir le continuer [et ça, c’est rare !]. Il vous fera voyager au cœur de ces immenses forêts où la nature vous fait prendre conscience de votre place minuscule dans le vaste réseau de la nature.

C’est un roman résolument engagé, qui dénonce les dérives de notre société capitaliste, prête à détruire le fruits de centaines d’années d’évolution pour un profit immédiat, qui sera dépensé en un claquement de doigts.

Cette lecture a d’autant plus résonné en moi qu’elle a été accompagnée d’une longue promenade en forêt avec, dans mes oreilles, le premier épisode de l’année de l’émission “Dans quel monde on vit ? qui a été enregistré en forêt. Les réflexions des intervenants faisant écho à celles de Richard Powers.

Une chose est sûre, ce n’est pas ma dernière rencontre avec l’auteur et je vous encourage vivement à vous plonger dans l’Arbre-monde. Vous ne le regretterez pas !

Infos pratiques

  • Titre : L’Arbre-monde (VO : The Overstory)
  • Auteur : Richard Powers
  • Traducteur : Serge Chauvin
  • Édition : 10/18, collection de Noël 2020
  • Nombre de pages : 738 pages
  • Genre : contemporain, nature writing
  • Challenge : En sortir 22 en 2022, Cold Winter Challenge

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