Lire Lolita à Téhéran d’Azar Nafisi

Bonjour !

Cette semaine, on se retrouve pour parler d’un roman que j’ai découvert grâce au club de lecture « Une chambre à nous » organisé par Tête de Litote et les Carnets d’Opalyne [oui, je suis un rien en retard sur le programme mais c’est pas grave]. J’ai directement été intriguée par le pitch et je suis très contente d’avoir fait cette découverte !

Résumé

Azar Nafisi est professeure de littérature à l’université de Téhéran. Après avoir étudié une dizaine d’années aux Etats-Unis, elle est revenue vivre avec son mari en Iran, juste un peu après la chute du Chah. Tout d’abord pour la révolution, elle déchante rapidement quand elle s’aperçoit de ce que les autorités comptent faire du pays. Féministe dans l’âme, elle se rebelle contre le port du voile et entend continuer à enseigner les auteurs qui l’intéressent, qu’importe ce qu’en pense la censure. Après plusieurs années passées à lutter vainement pour maintenir ses principes, elle finit par démissionner et décide d’organiser un cours de littérature à domicile avec un groupe d’étudiantes motivées et triées sur le volet. Ce roman largement autobiographique raconte leurs rencontres hebdomadaires pendant lesquelles elles développent leurs analyses littéraires mais aussi l’histoire d’une amitié sincère alors qu’elles proviennent toutes de milieux très différents.

Ce que j’en ai pensé ?!

J’ai eu un peu peur au début de ma lecture. Le roman se divise en quatre grandes parties, chacune consacrée à l’un des romans analysés par les filles. Le premier d’entre eux est Lolita, de Vladimir Nabokov, roman que j’ai lu il y a une dizaine d’années mais dont mes souvenirs sont assez flous. Au fur et à mesure de ma lecture, je me sentais un peu perdue face à leurs réflexions au sujet des personnages et des événements qui se déroulent dans le roman. J’ai presque hésité à arrêter ma lecture pour d’abord lire les romans dont il est question, afin de mieux entrer dans l’histoire. Puis, les analyses littéraires passent au second plan et nous nous intéressons surtout aux vies de ces femmes dans une société qui leur enlève peu à peu tous leurs droits. Finalement, il n’est pas nécessaire d’avoir lu au préalable les auteurs ou les romans dont il est question ici, même si je pense que cela doit apporter une dimension supplémentaire à la lecture.

L’intrigue du roman est parfois difficile à suivre : Azar Nafisi se rappelle différents événements qui sont liés à ses cours mais tous ne sont pas racontés de manière chronologique. C’est d’autant plus difficile de se repérer que les étudiantes dont elle parle ont, pour la plupart, suivi ses cours à l’université à des époques assez différentes avant de toutes se retrouver dans le même séminaire. L’autre difficulté de ce roman c’est que l’autrice est restée volontairement floue dans la description des différents personnages, de manière à éviter que quiconque puisse être reconnu et arrêté par le régime. De ce fait, je n’ai jamais vraiment réussi à m’imaginer ces filles qui ne formaient pour moi qu’une masse sans réelles individualités : je ne me suis attachée à aucune, si ce n’est à Azar qui est la narratrice principale. Cela ne m’étonnerait pas que ce soit un effet voulu par l’autrice, montrant que la société efface peu à peu tout ce qui contrevient aux normes morales établies. En effet, dans ce pays, les femmes se voient finalement obligées de se voiler, s’habillent de couleurs sombres, ne peuvent plus porter la moindre trace de maquillage sous peine d’être fouettées par la police de la révolution, ne peuvent pas courir dans les couloirs même si elles sont en retard, etc. Elles se transforment peu à peu en ombres, forcées de se déplacer tête baissée.

C’est un roman assez dur par la violence physique et psychologique qu’il décrit. C’est d’autant plus glaçant qu’il s’agit d’une réalité qui s’est d’abord construite avec l’assentiment de la population. C’est vraiment intéressant de voir évoluer le pays à travers les yeux de ces jeunes femmes, dont certaines ont connu la liberté et l’émancipation avant de devoir se plier à ces règles injustes. Ce roman témoigne également de la rapidité avec laquelle la société a changé, malgré le refus d’une grande part de la population qui dénonçait les dérives d’une révolution qui ne répondait plus aux idéaux qu’elle s’était initialement imaginée. Il dénonce l’hypocrisie des membres du régime qui interdisent tout ce qui s’apparente de près ou de loin à l’Occident mais qui profitent du pouvoir et de l’argent obtenus pour jouir de leurs privilèges et profiter des plaisirs qu’ils refusent au reste de la population.

Je vous conseille vivement cette lecture si vous souhaitez en découvrir davantage sur cette nation si particulière.

Infos pratiques

  • Titre : Lire Lolita à Téhéran
  • Autrice : Azar Nafisi
  • Edition : 10/18, juin 2005
  • Nombre de pages : 468 pages
  • Thèmes : histoire contemporaine, condition féminine, analyse littéraire
  • Challenges : Ce roman entre dans la catégorie « roman qui se passe sur un campus » du challenge littéraire 2017.

 

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7 commentaires sur “Lire Lolita à Téhéran d’Azar Nafisi”

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