L’Homme nu de Marc Dugain et Christophe Labbé

Pour cette première chronique littéraire de l’année 2017, je vous approche avec une lecture assez peu courante sur ce blog : un essai. L’Homme nu m’intéressait depuis quelques mois et j’ai finalement décidé de l’offrir à l’Amoureux pour Noël [et je me suis empressée de lui piquer dès qu’il l’a eu terminé].

Couverture de L'Homme nu

De quoi ça parle ?!

Dans cet essai, les auteurs tentent de nous décrire ce que permet, aujourd’hui, l’exploitation de nos données numériques personnelles par les grandes firmes privées et réfléchissent aux conséquences que cela pourrait avoir à l’avenir. Ils abordent un nombre de sujets assez varié allant de l’éducation au transhumanisme, en passant par l’évolution du monde du travail. Ils ont choisi un parti pris bien défini : celui de nous brosser le négatif de cette révolution numérique, estimant que les publicitaires nous matraquent déjà suffisamment avec tout ce que cela nous apporte de positif.

Ce que j’en ai pensé ?!

Pour être honnête, j’ai été quelque peu déçue par ma lecture… Je pense qu’il s’agit d’une bonne entrée en matière pour quiconque ne se serait jamais vraiment intéressé à ce sujet. Par contre, si vous vous êtes déjà renseignés sur la question, vous n’allez pas apprendre grand chose, ce qui a été mon cas. C’est donc un livre à réserver aux novices en la matière : en ce sens, il est très bon car il n’entre pas dans les spécificités techniques complètement opaques du domaine, mais aborde plutôt la question d’après son côté éthique.

Ce qui m’a profondément dérangée dans cet ouvrage, ce sont certains clichés, raccourcis et “effets de genre” que ce sont permis les auteurs, sans doute pour appâter les lecteurs et, aussi, pour donner un côté alarmiste à leur essai. Tout d’abord, ils prennent le parti d’appeler les grandes firmes privées, telles que Facebook ou Google, les Big Data. Or, ce qu’on appelle Big Data, ce sont ces masses immensément volumineuses de données qui sont difficiles à traiter de manière classique et qui sont de plus en plus souvent utilisées pour faire des statistiques [cf. la définition Wikipedia]. Mais ce ne sont pas les firmes qui les détiennent. S’ils voulaient utiliser un nom accrocheur ou un acronyme [ce qu’adorent les Français, en général], ils auraient pu utiliser l’acronyme qui représente habituellement ces firmes : GAFA (pour Google, Apple, Facebook, Amazon). Cela aurait été scientifiquement plus correct. Et alors, je ne parle même pas de leur manie d’utiliser l’analogie avec Matrix pour parler de notre vie sur Internet…

Et justement, c’est ce petit côté scientifique qui me manque dans cet ouvrage : les auteurs lancent de nombreuses assertions mais celles-ci sont assez peu étayées de sources. D’ailleurs, en dehors des quelques citations en notes de bas de page, il n’y a pas de bibliographie. Alors, je suis d’accord, il ne s’agit pas d’une thèse de doctorat. Ça s’adresse au grand public. Mais, je trouve que lorsqu’on lance de telles projections sur l’avenir, avec autant de conviction, on doit donner au lecteur la possibilité de se faire son propre avis en lui proposant les sources qui nous ont permis de nous lancer dans de telles projections. Ils dénoncent la disparition de l’esprit critique à l’heure où les grandes sociétés nous “vomissent” la masse d’informations qu’elles veulent nous faire connaître mais ils ont une attitude assez semblable dans leur livre puisqu’ils nous affirment des choses sans nous donner forcément accès à l’information en elle-même. J’ai trouvé ça dommage et ça a eu tendance à décrédibiliser un peu leur travail à mes yeux.

Par contre, et c’est le côté positif de cet essai, cela m’a donné envie d’en savoir plus ! On a déjà acheté un autre ouvrage traitant du même sujet, plus en profondeur : L’Empire de la surveillance d’Ignacio Ramonet [je ne l’ai pas encore lu, mais je vous en parlerai certainement une fois que cela sera fait].

L’Homme nu m’a également poussée à m’interroger sur ma propre utilisation des réseaux sociaux et sur la manière dont je gère la protection de mes données privées. Et ça, c’est un très bon point ! Par exemple, les auteurs mettent en évidence le fait que nous devenons moins “intelligents” à cause des nombreuses notifications envoyées sur nos téléphones portables qui nous interrompent dans notre travail et nous empêchent de nous concentrer. Et c’est vrai !  Je ne l’avais jamais vraiment réalisé mais dès que je reçois une notification, je n’arrive pas à continuer ce que j’étais occupée à faire : je veux savoir pourquoi mon téléphone a bipé. Et me rendre compte de cette “faiblesse” m’a profondément énervée sur moi-même : du coup, j’ai désactivé la plupart des notifications inutiles qui pullulaient sur mon portable [Facebook, Twitter et compagnie].

Je ne peux donc pas dire que L’Homme nu est un mauvais livre : il ouvre vraiment la réflexion sur ce sujet et je pense que ce genre d’ouvrage est nécessaire pour que le grand public prenne conscience de ce phénomène. Il permet, véritablement, d’ouvrir la discussion. Mais clairement, il ne suffit pas pour avoir une idée précise et relativement complète de la question.

Infos pratiques

  • Auteurs : Marc Dugain et Christophe Labbé
  • Titre : L’Homme nu. La Dictature invisible du numérique.
  • Edition : Plon – Robert Laffont, 2016
  • Nombre de pages : 196 pages
  • Genre : essai
  • Ma note : 14/20
  • Catégorie du Challenge 2017 de Mille vies en une : “Un livre sur les réseaux sociaux”.

Et vous, que pensez-vous de tout ça ?!

 

 

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