La trilogie berlinoise de Philip Kerr

Ce vendredi, j’ai terminé avec soulagement la Trilogie berlinoise de Philip Kerr. Ce pavé [1015 pages] comprend, en réalité, 3 romans, écrits par l’auteur entre 1989 et 1991 : L’été de cristal, Une pâle figure et Un requiem allemand. Ils mettent en scène les aventures percutantes d’un détective privé berlinois juste avant et juste après la Seconde Guerre mondiale. Une trilogie qui nous montre, une fois de plus, l’immensité de la cruauté des hommes.

La Trilogie berlinoise de Philip Kerr

En résumé

L’été de cristal

Dans ce 1er opus, nous faisons la connaissance de Berhnard Gunther [dit Bernie], ancien membre de la police criminelle berlinoise [la Kripo], devenu détective privé. Pourvu d’un cynisme largement assumé et ne cachant pas son abjection pour le régime nazi, Bernie gagne sa vie en menant des recherches sur les nombreuses disparitions qui frappent Berlin depuis l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Malheureusement pour lui, l’une de ses enquêtes l’amène à côtoyer d’un peu trop près certains dirigeants qu’il exècre.

Une pâle figure

Les talents de Bernie sont remontés jusqu’aux oreilles d’Heydrich, alors chef de la police berlinoise. Celui-ci souhaite le voir réintégrer la Kripo et ce, malgré le peu d’engagement que Bernie éprouve pour le régime nazi. En effet, la Kripo ne parvient pas à mettre la main sur un tueur en série qui s’attaque à des adolescentes allemandes, d’une manière assez sanguinaire. Il semblerait que Bernie soit leur derniers recours afin d’éviter que la ville ne sombre dans la panique.

Un requiem allemand

1947. Cela fait près de huit ans que nous avons quitté Bernie, dans une Allemagne nazie prête à se lancer dans une nouvelle guerre. Celui-ci, après avoir survécu à de nombreuses horreurs, reprend du service dans un Berlin dévasté. Marié, il mène une existence relativement tranquille et plus que rudimentaire jusqu’au jour où un officier russe vient lui proposer une enquête qui pourrait lui rapporter beaucoup d’argent. Bernie se retrouve alors à Vienne où il doit tenter de démontrer l’innocence d’un de ces anciens collègues, Emil Becker, alors accusé d’avoir assassiné un officier américain. L’occasion pour Bernie de croiser certains revenants qu’il aurait préféré ne jamais revoir. 

Mon avis

L’intérêt de ces romans, outre le caractère addictif des enquêtes menées par Bernie, c’est de découvrir la vie quotidienne, à Berlin, à la veille de la Seconde Guerre mondiale et à la chute du régime nazi. Contrairement aux nombreux autres romans que j’ai lus, portant sur cette période, ceux-ci ne se penchent pas uniquement sur les persécussions vécues par les Juifs [même si elles ont également une place dans ces romans]. Ici, on comprend davantage pourquoi tant d’Allemands semblent avoir “fermé les yeux” sur les atrocités qui se jouaient dans leur pays, déjà bien avant la déclaration de guerre : crainte des arrestations arbitraires, violences policières fréquentes, corruption, espionnage, délation, pauvreté, … La vie était loin d’être rose dans le Berlin des années 30. Un requiem allemand, quant à lui, présente une ville dévastée où la pauvreté fait rage et où chacun lutte pour survivre. Je n’avais absolument pas conscience que la situation était aussi catastrophique pour les Allemands, au lendemain de la guerre, avant d’avoir lu ce roman : la rivalité constante entre les forces alliées qui se partagent la ville, la barbarie des Russes à l’égard du peuple allemand, etc.

Tout cela est d’autant plus intéressant que les enquêtes et anecdotes qui concernent des personnages ayant réellement existé s’appuient sur des faits réels. J’ai compris cela car, à la fin de chaque roman, une notice nous apprend ce qu’il est réellement advenu de ces personnages [procès, exécution, remise en liberté, etc.].

Par contre, lire ces trois romans, à la suite, sur le même sujet m’a quelque peu dégoûtée de la période pour le moment. Tout cela était un peu trop noir et je vais avoir besoin d’une ou deux lectures un peu plus “guillerettes” pour m’en remettre [d’ailleurs, si vous avez des suggestions, je vous écoute]!

Le personnage de Bernie fait également beaucoup dans le succès du roman. Bien qu’il m’ait fortement touchée, il m’a aussi régulièrement exaspérée : cynique, opposé au régime, défenseur de la veuve et de l’orphelin, ce sont autant de qualités qui m’ont fait l’apprécier. Par contre, il ne déroge pas aux nombreux clichés qui frappent les détectives privés : refus de l’autorité, humour noir, alcoolisme notoire et caractère de Don Juan invétéré. C’est notamment ce dernier critère qui m’a fait sortir de mes gonds à plusieurs reprises : obsédé par le sexe, il ne peut s’empêcher de déshabiller [en pensées d’abord, dans les faits, ensuite] toutes les jolies femmes qu’il croise au cours de ses enquêtes. Femmes qui ne bénéficient pas de rôles très reluisants tout au long de ces 1000 pages… Bref, de quoi hérisser le poil des plus féministes d’entre nous !

Malgré cela, je ne peux que vous encourager à vous plonger dans cette trilogie. Par contre, pour éviter la surdose, je vous conseillerais d’entrecouper sa lecture par l’un ou l’autre ouvrage plus gai.

De plus, la saga continue depuis 2006, année au cours de laquelle Philip Kerr a repris la plume pour faire vivre à nouveau le personnage de Bernie. Aujourd’hui, 7 nouveaux romans complètent cette trilogie.

Vous connaissiez Philip Kerr ? Vous aimez ?

Et hop, un petit pavé de plus pour le challenge de Bianca, ce qui me fait battre tous mes records avec trois participations pour le mois de juillet [ça sent les vacances sous le ciel pourri de Belgique ça…].

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