Lorraine brûle de Jeanne Rivière
Jeanne Rivière a obtenu le Prix Première 2026, avec son premier roman Lorraine brûle, ce qui a été annoncé lors de la Foire du Livre de Bruxelles. Quand je l’ai trouvé quelques jours plus tard dans les rayonnages de chez Pêle-Mêle, j’ai sauté sur l’occasion de le découvrir. Il se déroule en Lorraine, une région de France proche de là où j’ai grandi, ce qui avait retenu mon attention quand j’en avais entendu parler.
Résumé
La narratrice a passé la quarantaine, vit à Metz et prends le TER jusqu’à Nancy pour aller travailler. C’est de là qu’elle écrit ce texte. Séparée de Pablo, elle est mère de Tarzan, 12 ans. Elle aime sillonner les bars de la région pour y jouer avec ses différents groupes de punks et parle davantage de ses amitiés que de ses amant(e)s.
Ce que j’en ai pensé ?
Je ne savais rien de ce bouquin avant de l’ouvrir, si ce n’est qu’il se passe en Lorraine. Si j’avais su qu’il s’agissait d’un roman fragmenté, pas sûre que je m’y serais risquée. Chaque chapitre est très court (1 à 3 pages environ) et décrit des moments épars du quotidien de la narratrice. La narration se fait essentiellement à la 1ère personne du singulier, même s’il arrive qu’elle change de point de vue.
La narratrice raconte sa relation avec ses proches (amies, parents, etc.) ainsi que ses difficultés du quotidien. De temps en temps, un chapitre aborde un concert punk ou une soirée BDSM à laquelle elle participe avec des amies. Cela donne lieu a des passages plus trashs qu’on dirait là juste pour choquer un peu le lecteur ou la lectrice un peu coincé·e. Si on était dans un film, je dirais que cela ressemble à des plans très distincts qui s’attardent chaque fois sur une scène en particulier, entrecoupés d’un fondu au noir. Il ne semble pas vraiment y avoir de lien entre chacun.
L’écriture est tranchante, les phrases courtes, les scènes parfois glauques. Cela ne respire pas vraiment la joie de vivre mais plutôt la galère et la fatigue. L’un des seuls fils conducteurs du récit qui témoigne d’une évolution chronologique raconte la maladie de son amie Baya, atteinte d’un cancer. A chaque fois qu’elle réapparait, on comprend que la maladie a gagné un peu plus de terrain.
Chaque chapitre/fragment se termine par un paragraphe à propos de la natation. Si ce n’est pour nous montrer que c’est là que la narratrice trouve un certain répit, je n’en ai pas vraiment compris l’intérêt. Souvent, je les ai passés.
Heureusement, le livre est court car j’ai eu beaucoup de mal à m’y intéresser. J’ai même hésité à l’abandonner. J’ai trouvé que l’autrice avait voulu y mettre trop de sujets différents sans en développer vraiment aucun. Les chapitres se suivent alors de manière abrupte et artificielle, sans lien apparent. Certes, c’est un portrait de la France sinistrée qui essaie de sortir la tête de l’eau, sans s’enfermer dans les carcans de la société traditionnelle. Mais cela manque de consistance. De plus, comme aucun personnage n’est vraiment approfondi, chaque nouvelle apparition est difficile à recontextualiser… Est-ce un nouveau personnage ? Si non, à quelle occasion en a-t-on déjà parlé ? Ce qui fait qu’on ne s’attache pas vraiment à elleux.
Bref, vous l’aurez compris : j’ai été plutôt déçue par Lorraine brûle que je pense oublier assez rapidement. Par contre, je dois bien reconnaître qu’on y ressent assez bien l’ambiance propre à la région. Cela était plutôt réussi. Je suivrai donc l’autrice à l’occasion de ses prochains textes, afin de voir si j’adhère mieux à d’autres formats de récits mais je comprends assez peu l’obtention du Prix Première pour celui-ci.
Infos pratiques
- Titre : Lorraine brûle
- Autrice : Jeanne Rivière
- Édition : Gallimard, collection Sygne, 2025
- Nombre de pages : 192 pages
- Genre : contemporain


