Livres de et sur Christine Pawlowksa
Culture

A la découverte de Christine Pawlowska

Comme beaucoup, j’ai été intriguée par l’un des phénomènes de la rentrée littéraire 2025 : la réédition d’Écarlate de Christine Pawlowska conjointe à la publication de l’ouvrage consacré à l’autrice, écrit par Pierre Boisson, Flamme, volcan, tempête.

Écarlate

Commençons par l’œuvre originale : ce court roman écrit par Christine Pawlowska et publié en 1974. Il s’agit d’un récit autobiographique rédigé alors par une jeune femme tout juste sortie de l’adolescence, ayant connu un grand succès lors de sa parution, puis qui a doucement disparu des radars.

Résumé

La narratrice raconte son adolescence et, plus spécifiquement, son amitié fusionnelle avec Melly. Toutes deux refusent les règles du monde des adultes qu’elles jugent trop sages et ennuyeuses. Parallèlement à cette amitié, la narratrice semble développer une aversion grandissante pour sa mère, sans qu’on en comprenne réellement la raison.

La vie suit son cours jusqu’au moment où Melly trahit leurs promesses d’adolescentes et choisit de grandir et de se conformer à l’image que la société attend d’elle.

Ce que j’en ai pensé ?

C’est un roman court dans lequel se ressentent la fureur et la fougue de l’adolescence. Christine use d’une prose très poétique qui donne parfois l’impression que le texte est en réalité, un long poème en vers libres.

On y perçoit l’amour de la jeune fille pour la littérature et l’écriture. Son amitié pour Melly est passionnelle et les jeunes filles sont conscientes du lien particulier qui les unit, ainsi que de la désapprobation qu’il peut susciter. Elles aiment en jouer. Cela ne les empêche pourtant pas de découvrir leurs premiers émois amoureux, avec des garçons, ce qui signera finalement le glas de leur amitié.

Et derrière ces anecdotes somme toutes banales, pèse un lourd secret que l’on sent poindre entre les lignes. C’est notamment par la relation conflictuelle avec sa mère que l’on peut en prendre vaguement conscience.

Christine semble avoir une certaine appétence pour la mort. C’est un registre textuel très présent tout au long du récit, que ce soit sur un plan plutôt symbolique mais aussi à travers des scènes bien concrètes.

J’ai lu ce roman en deux temps : une première fois avant de lire l’ouvrage de Pierre Boisson, et une seconde, juste après. A la première lecture, j’ai parfois été dérangée par le côté grandiloquent qui émane du discours de Christine. Son côté dramaqueen m’a parfois laissée en retrait. A la deuxième lecture, j’ai réussi à passer outre cet aspect pour me concentrer davantage sur le fond et la magie a opéré…

Infos : Écarlate, Christine Pawlowska, Éditions du sous-sol, 2025, 110 pages

Flamme, volcan, tempête

Et donc, cette remise au jour du roman Écarlate, on la doit au journaliste Pierre Boisson, qui est tombé dessus, par hasard, dans la bibliothèque d’une maison où il était en vacances. Ce qui l’attiré ? Sa petite taille, car il n’avait que peu de temps pour lire. Et il a dévoré ce roman ! Il a donc voulu en apprendre davantage sur son autrice et ce qu’il a découvert n’a fait qu’attiser sa curiosité.

Au moment de sa sortie, Écarlate a été plébiscité par la critique : Christine Pawlowska était citée parmi les nouvelles voix de la littérature à suivre, au même titre qu’Annie Ernaux. La quatrième de couverture du roman annonçait qu’elle était occupée à écrire son prochain livre… Pourtant, celui-ci n’est jamais sorti. Et Christine a lentement disparu pour redevenir une complète inconnue [ou presque].

Que lui est-il arrivé ? Pourquoi a-t-elle cessé d’écrire ? Ce sont les premières questions auxquelles Pierre Boisson a tenté de répondre en se lançant dans ce qui deviendra bientôt une véritable enquête.

A travers l’histoire de Christine Pawlowska, ce qu’il nous donne à voir, ce sont les innombrables raisons qui peuvent éloigner une autrice de sa table d’écriture : l’arrivée d’un enfant, des difficultés financières, des violences conjugales, des conflits familiaux divers et variés, l’obligation de prendre un travail alimentaire qui ne laisse aucune place à l’écriture, … Et j’en passe. Christine va souffrir de certaines de ces raisons, malgré une volonté bien présente de continuer à écrire. L’auteur fait d’ailleurs mention, dans un podcast de France Culture, au livre de Joanba Russ sur Comment torpiller l’écriture des femmes [à lire aussi].

Pierre Boisson va remonter la trace de Christine Pawlowska [découvrant, déjà, qu’il s’agit d’un nom de plume], allant jusqu’à rencontrer ses enfants ou d’ancien•nes ami•es qui l’ont connue à différents moments de sa vie. Cela lui permet d’en brosser un portrait le plus exhaustif possible. On y découvre une femme qui rêvait de liberté mais dont la réalité a rapidement douché les idéaux. Elle a pourtant tenté de s’y accrocher coûte que coûte.

Autant vous prévenir, l’histoire de Christine, c’est celle de la violence des hommes envers les femmes, sous à peu près toutes ses formes. Celle de l’injustice aussi, beaucoup trop fréquente.

Et pourtant, c’est également l’histoire d’une femme vue comme lumineuse par la plupart des personnes qui la côtoyaient [à part, peut-être, sa famille], qui refusait de céder à la fatalité et qui donnait énormément de sa personne pour vivre la vie libre qu’elle désirait ardemment.

J’ai adoré ce livre-enquête qui se dévore comme un roman. L’écriture est fluide, l’auteur maintient le suspens tout du long et ne tombe pas dans un voyeurisme qui aurait pu devenir malsain. Pierre Boisson réhabilite l’image de cette merveilleuse autrice et poétesse, il rappelle le poids du patriarcat sur les carrières des écrivaines mais aussi, sur la vie et la santé des femmes, qui en subissent les effets.

Infos : Flamme, volcan, tempête, Pierre Boisson, Éditions du sous-sol, 2025, 220 pages

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