Couverture de Ça raconte Sarah
Culture,  Lecture

Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard

En février, j’ai décidé de sortir de ma bibliothèque, les livres courts qui parlent d’amour [original, n’est-ce pas ?!]. Avec Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard, on est loin des amours heureux…

Résumé

La narratrice de ce roman raconte sa rencontre avec Sarah et l’histoire d’amour qu’elles ont vécu. Sarah est une violoniste professionnelle d’environ 35 ans, toujours sur les routes avec son quatuor, tandis que la narratrice est une jeune professeure de français, maman d’une petite fille. De l’amitié à la passion dévorante, il n’y a qu’un pas que les deux protagonistes s’empressent de franchir. Mais comme souvent, l’histoire d’amour finit mal.

Ce que j’en ai pensé ?!

Et puis elle n’y tient plus, elle s’approche de moi. Elle me respire, elle m’aspire. Ça raconte ça : le souffle, le soufre, la tempête.

Dans un premier temps, j’ai vraiment été séduite par ce roman découpé en [très] courts fragments, à l’écriture vive et incisive. La narratrice n’est pas nommée et s’adresse directement à nous, elle nous raconte son histoire. On découvre leur rencontre dans une soirée de Saint-Sylvestre jusque-là bien ennuyeuse puis leur amitié naissante qui prend de plus en plus d’ampleur, à la grande surprise du compagnon de la narratrice. Car jusqu’alors, aucune d’elles n’avait jamais éprouvé de tels sentiments pour une autre femme.

Puis, peu à peu, la passion les dévore et les épuise : elles ne peuvent plus passer plus de quelques jours [voire quelques heures] sans se voir ; chaque voyage professionnel de Sarah se transforme en calvaire. La narratrice abandonne régulièrement ses obligations personnelles et professionnelles pour rejoindre Sarah. Le fameux compagnon disparait des radars, sans même que cela soit mentionné. C’est peu ou prou le moment où j’ai décroché. Sans doute ai-je maintenant un cœur de pierre quand il s’agit d’amour romantique mais je ne parvenais pas à donner un temps soit peu de crédibilité à ces élans désespérés pour retrouver une amoureuse qu’on a quitté à peine quelques heures plus tôt. Alors, je sais, la littérature n’a pas nécessairement vocation à être réaliste mais quand l’autrice s’inspire autant de sa vie personnelle pour la création de ses personnages, difficile de faire fi de la réalité [elle a elle-même une compagne violoniste qui s’appelle Sarah].

Évidemment, ce rythme effréné ne pouvait pas être maintenu éternellement et le couple ne tarde pas à se déchirer, tout aussi violemment qu’il s’est aimé. Commencent alors l’absence et l’exil.

Au café où nous nous asseyons un petit moment, on parle d’amour, des peines qu’il faut avoir pour savourer les joies. Elle ne me pose pas de questions lorsque je me mets à pleurer en silence. Elle dit seulement, doucement, avec son accent irrésistible, il faut traverser la nuit et s’épanouir le jour.

Ce roman est déroutant sur bien des aspects. Tout d’abord, on ne sait presque rien de la narratrice [si ce n’est les émotions qui la traversent quand elle est avec ou pense à Sarah]. Elle n’est que peu décrite. Sarah, quant à elle, est au cœur de cette histoire. Décrite comme une femme-enfant aux yeux verts et au nez de rapace, toujours trop maquillée et souvent mal fagotée. Sarah est souvent “trop” : passionnée, bruyante, bavarde, exaltée, vivante mais aussi violente… Ensuite, l’autrice use et abuse des répétitions que ce soit dans ses descriptions de Sarah ou dans les scènes qui se jouent entre les protagonistes. Il y a une sorte de ressassement. Enfin, le cours du récit est souvent interrompu par des définitions ou des descriptions de type “entrée de dictionnaire” à propos d’expressions, de lieux ou d’éléments culturels cités dans le roman. Là encore, cela nous coupe dans notre lecture et nous ramène dans une certaine “réalité” qui nous éloigne de la fiction. Je n’en ai pas trop compris l’intérêt.

Dans ce roman, il est question de dépendance affective, de violence conjugale, de santé mentale défaillante et de maladie. L’histoire d’amour qui nous est présentée confine à la folie et nous sommes en droit de nous demander pourquoi il est si difficile de trouver, dans la littérature, des histoires d’amour qui ne mènent pas à la destruction d’au moins l’un·e de ses protagonistes ?

Je n’ai donc pas été convaincue par le récit proposé dans Ça raconte Sarah et je ne suis même pas sûre de vous recommander ce roman, sauf si vous voulez achever de vous convaincre qu’il n’y a jamais d’amours heureux ! 😉 [Oui, je sais mettre l’ambiance en cette veille de Saint-Valentin!]

Infos pratiques

  • Titre : Ça raconte Sarah
  • Autrice : Pauline Delabroy-Allard
  • Édition : Minuit poche, 2020
  • Nombre de pages : 192 pages
  • Genre : contemporain

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