Du côté de chez Swann
Lecture

Du côté de chez Swann de Marcel Proust

J’avais de grandes ambitions pour cette “battle d’octobre” des fantastiques classiques qui voyait s’opposer Victor Hugo et Marcel Proust.

Comme j’avais déjà eu l’occasion de croiser Victor, je me suis dit que j’allais commencer mes lectures avec Marcel et son 1er tome de La Recherche du temps perdu : Du côté de chez Swann.

Hé bien que dire, sinon que du temps, il en est gourmand ce cher Marcel !

Ma grand-mère, ai-je su depuis, avait d’abord choisi les poésies de Musset, un volume de Rousseau et Indiana ; car si elle jugeait les lectures futiles aussi malsaines que les bonbons et les pâtisseries, elle ne  pensait pas que les grands souffles du génie eussent sur l’esprit même d’un enfant une influence plus dangereuse et moins vivifiante que sur son corps le grand air et le vent du large.

Ce que j’en ai pensé  ?

Commençons par la structure de ce roman plus que déroutant. Ce premier tome se divise en trois parties assez différentes les unes des autres, que ce soit par leur contenu ou par leur forme.

  • Combray : dans celle-ci, nous suivons le narrateur racontant ses souvenirs d’enfant, et plus particulièrement ses vacances de Pâques. Il décrit l’ambiance qui régnait chez sa grande tante Léonie pendant qu’il y séjournait avec sa famille ainsi que les personnages qu’il y rencontrait régulièrement.
  • Un amour de Swann : ici, le narrateur nous raconte un épisode assez long de la vie de Charles Swann, l’un des voisins de Léonie qui vient souvent leur rendre visite, en soirée. Cette histoire d’amour a occupé Swann bien avant la naissance du narrateur et aura une incidence sur les relations qu’il entretient avec le narrateur et sa famille.
  • Nom de pays : le nom. Cette dernière partie est beaucoup plus courte que les deux précédentes car une grand part a été reporté au tome suivant, à la demande de l’éditeur. Le narrateur s’y attarde sur la naissance de ses sentiments pour Gilberte, la fille de Charles Swann, alors qu’il la rencontre régulièrement aux Champs Élysées.

Dans Combray, j’ai trouvé qu’on était dans une écriture assez proche du flux de conscience. En effet, le narrateur repense aux difficultés qu’il ressentait, enfant, avant d’aller dormir lorsqu’il était à Combray. Cela le mène à de nombreuses réflexions, quasi philosophiques à se plonger dans des souvenirs qui semblent se répondre les uns aux autres et lui affleurer l’esprit comme lorsque nous sommes nous-mêmes allongé·es dans notre lit et que nous ne parvenons pas à trouver le sommeil. Ainsi les liens entre les différentes anecdotes peuvent parfois paraître nébuleux à première vue et s’éclairent à mesure que le narrateur développe sa pensée.

C’est également une partie où la description de la nature a une grande importance et laisse place à des pages d’une grande poésie. Parmi elles, je me suis demandé s’il n’y avait pas un clin d’œil au jardin du Paradou que décrit Zola dans La Faute de l’Abbé Mouret, lorsque le narrateur décrit le jardin de Swann où il va voir Gilberte pour la première fois. Il y fait des parallèles entre sensualité et nature qui m’ont rappelé quelque chose… 😉

J’ai été étonnée de trouver pas mal d’humour et de sarcasme dans ce premier tome de la Recherche et, notamment, dans Un amour de Swann. Les protagonistes sont croqués de manière assez piquante, que ce soient les Verdurin ou Cottard, tous largement tournés en ridicule. Proust y dénonce l’hypocrisie qui règne dans ces salons mondains où l’on n’hésite pas à planter un couteau dans le dos de ses plus “proches amis” dès que l’occasion de briller à leurs dépens se présente.

Si cette partie m’a d’abord amusée, j’ai assez rapidement trouvé qu’elle trainait en longueur : les atermoiements ridicules de Swann au sujet d’Odette ont fini par me lasser et je n’avais qu’une envie, que leur relation se termine pour en être débarrassée.

Et c’est là le plus gros bémol que j’aurais à reprocher à ce roman : sa lenteur. Bien que je sache pertinemment qu’elle est voulue, à un moment ça devient quelque peu indigeste. Proust nous offre des phrases souvent sublimes, très travaillées, qui s’allongent parfois sur des paragraphes entiers. Cela demande une grande capacité de concentration. Personnellement, il m’était impossible de me plonger des heures durant dans ce roman pour le dévorer comme je peux le faire habituellement. Mes sessions duraient maximum 45 minutes/1h avec quelques mini-pauses “respiration” et j’avais l’impression d’avancer comme un escargot. Il m’arrivait même de devoir relire certaines phrases car j’avais décroché en cours de lecture.

C’est donc un roman qui se déguste par petits morceaux (d’aucuns diraient, comme les fameuses madeleines), en prenant son temps, pour ne pas risquer l’indigestion !

Et fun fact : l’épisode de la madeleine intervient après environ 30 – 40 pages de ce premier tome. Pour moi, cela offre une certaine clé de compréhension du roman (le rapport au temps, aux souvenirs, aux impressions, etc.) et c’est très joliment décrit mais je ne peux m’empêcher de me demander s’il aurait connu autant de succès s’il s’était retrouvé au 3e ou 4e tome de la Recherche ? Combien de lecteurs et lectrices se sont arrêté·es après la lecture de ce passage en se disant “c’est bon, j’ai lu l’épisode de la Madeleine, on peut considérer que j’ai lu Proust ?!” ?

Merci à Moka et Fanny d’avoir engagé cette bataille des monuments littéraires sans laquelle je n’aurais sans doute jamais sauté le pas. J’ai le tome 2 qui m’attend mais il ne sera sûrement pas lu avant 2023,je ne voudrais pas faire une overdose ! 😉

 

 

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