Les Heures rouges
Lecture

Les Heures rouges de Leni Zumas

Je n’aurais jamais cru, quand j’ai lu Les Heures rouges de Leni Zumas, début avril, que la réalité allait si vite rattraper la fiction

Résumé

Dans un futur proche, les USA ont supprimé l’arrêt Roe v. Wade : l’avortement y est désormais interdit et ce sera bientôt également le cas de la PMA et de l’adoption par les femmes célibataires. Dans ce contexte, nous suivons 4 femmes, de différentes générations, et leur rapport à la (non-)maternité.

Ce que j’en ai pensé ?!

Ce roman alterne les points de vue de 4 femmes : Ro, une quarantenaire célibataire, professeure dans un lycée près de Salem et biographe d’une exploratrice norvégienne, qui tente de devenir maman solo ; Susan, son amie mère au foyer qui est à deux doigts du burn-out parental ; Mattie, une adolescente qui connaît ses premiers émois amoureux et Gin, une marginale trentenaire qui vit isolée dans une cabane, au milieu de la forêt. Le tout est entrecoupé du journal de bord de l’exploratrice sur laquelle écrit Ro.

Elle pourrait débiter la litanie habituelle […], mais la solitude dont elle s’accommode – ordinaire, dénuée d’héroïsme – ne nécessite pas d’être justifiée devant son père. Ce sentiment lui appartient. Elle peut simplement se sentir en harmonie avec elle-même sans expliquer pourquoi ni s’en excuser, sans concocter un plaidoyer pour démonter l’argument qui voudrait qu’elle ne soit pas vraiment heureuse et qu’elle se leurre pour se protéger.

Toutes se connaissent de près ou de loin et vont finir par être liées par un sujet commun. C’est l’occasion pour l’autrice de nous montrer différents points de vue autour de la maternité. Je dois dire que les passages qui m’ont le plus marquée sont ceux qui évoquent les difficultés de Mattie face à la découverte de sa grossesse non-désirée. La jeune fille a de grands rêves pour son avenir et ne souhaite pas devenir mère mais comment sortir de cette situation dans un pays qui interdit l’avortement ?! A quel point est-elle prête à se mettre en danger ?

Et parallèlement à cela, nous suivons Ro qui dépense des sommes folles pour devenir maman et on sent toute l’ironie de la situation. Avec Ro, on entraperçoit les violences médicales que peut subir une femme célibataire qui souhaite un enfant : les commentaires déplacés, les rappels concernant sa date de péremption, les effets secondaires des traitements qu’on ne lui explique pas ainsi que leur coût exorbitant. Là encore, elle suit un parcours du combattant [je devrais écrire de la combattante] dans un pays qui prône l’importance de fonder une famille parfaite : papa, maman, deux enfants.

La biographe se rappelle-t-elle avoir une fois pensé ou décidé qu’elle voulait être la mère de quelqu’un ? Le moment initial où elle a éprouvé le désir de sentir un bulbe de lichen grandir en elle pour jaillir ensuite sous la forme humaine ? Ce désir largement applaudi. Législateurs, tantes et publicitaires l’approuvent. Ce qui, à son avis, le rend suspect.

Mais justement, est-ce que ce modèle idéal rend vraiment heureuse ?! C’est une idée qu’on pourrait remettre en question en voyant la détresse dans laquelle vit Susan dont le mari semble davantage être le 3e enfant que le co-parent… Une tête-à-claques ce mec, j’avais envie de le baffer chaque fois qu’il apparaissait dans le récit !

Didier lance à sa femme un regard, aiguisé par des années de pratique, qui lui attribue le rôle d’une mégère coincée et fait de lui un adolescent impénitent de quatorze ans.

Il reste alors la possibilité de vivre en marge, comme Gin. Mais là encore, la société vous rattrape et les difficultés s’accumulent. Car cela ne plait guère une femme indépendante qui se fiche des injonctions qui incombent à son genre…

Par sa construction en alternance, Les Heures rouges est un véritable page-turner dont le suspens grimpe, chapitre après chapitre. Que va-t-il advenir de ces femmes ? Vont-elles parvenir à leur but ou abdiquer ?

Loin d’être un plaidoyer pro-avortement ou anti-famille, ce roman est plein de nuances et met au jour les avantages et inconvénients de chaque situation. Et je pense que le message qu’il essaie avant de faire passer est : chaque femme doit pouvoir être libre de choisir comment elle souhaite mener sa vie. Que ce soit dans son choix de donner ou de ne pas donner la vie, dans sa façon de faire famille ou encore dans la manière dont elle souhaite vivre sa sexualité.

Ce message est servi dans un style percutant, parfois cru, et empreint d’humour et d’ironie. Leni Zumas semble avoir été tristement visionnaire et je vous encourage vivement à la lire !

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