Nada de Carmen Laforet
Lecture

Nada de Carmen Laforet

Nous partons sur une relecture avec le premier roman lu dans le cadre de la saison 3 des fantastiques classiques : Nada de Carmen Laforet. J’avais dû le lire dans le cadre d’un de mes cours de littérature espagnole mais je n’en avais gardé aucun souvenir [oui, je commence doucement à m’inquiéter de ma petite mémoire]… Bon ou mauvais signe ?! C’est ce que nous allons voir !

Résumé

Andréa, tout juste 18 ans, vient vivre chez sa grand-mère à Barcelone afin d’y poursuivre ses études à l’université. Orpheline désargentée, elle atterri dans un appartement lugubre qui a perdu son lustre d’antan où s’entassent également sa tante Angustia, deux de ses oncles (Roman et Juan) ainsi que Gloria, la femme de Juan et leur fils. La jeune fille arrivée bercée d’illusions sur sa nouvelle vie déchante rapidement…

Ce que j’en ai pensé ?!

Si vous cherchez un roman lumineux sur l’entrée d’une jeune fille dans l’âge adulte, dans une ville chaude et ensoleillée, passez votre chemin ! Dans Nada, l’ambiance est poisseuse, tendue, lugubre : à l’image du vieil appartement et de ses habitants. Andréa, qui n’avait plus revu sa famille maternelle depuis l’enfance est frappée de stupeur lors de son arrivée. Elle qui s’attendait à vivre dans un bel appartement barcelonais, richement meublé, découvre les ravages de la guerre sur la santé physique et mentale de ses “parents”. Sa grand-mère n’est plus que l’ombre d’elle-même, petit oisillon déplumé servant de rempart entre ses enfants qui ne cessent de se quereller. Aucun des membres de la famille ne travaille : Juan se rêve peintre mais manque clairement de talent tandis que Roman vit de trafics divers et variés et de concerts en solitaire sans sa chambre, ayant abandonné son métier de musicien. Gloria, quant à elle, erre comme une âme en peine, entre toutes ces personnes qui semblent la détester pour des raisons qu’Andréa ignore et sert principalement de punchingball pendant les crises de frustration de Juan.

Cette salle de bain a l’air d’un repère de sorcières. Sur les murs noircis, des traces de mains crochues ; des cris de désespoir. Partout, des écaillures ; comme des bouches édentées dégoutantes d’humidité. Au-dessus de la glace, car il n’y a pas d’autre place, une macabre nature morte de merlans blêmes et d’oignons sur fond noir. La folie ricane sur les robinets faussés.

Durant les premiers mois, Andréa ne sort que rarement de l’appartement, si ce n’est pour aller aux cours. Angustias la surveille de près et l’accompagne dans la plupart de ses déplacements. Elle est bien décidée à remettre sa nièce dans le droit chemin, c’est-à-dire celui de la dévotion !

Mais peu à peu, Andréa gagne en liberté, rencontre d’autres étudiant·es qui lui permettent de s’échapper de l’ambiance pesante de l’appartement. Parmi elleux, il y a Ena, une jeune femme solaire, sûre d’elle, qui va prendre Andréa sous son aile, l’invitant chaque soir à étudier et à manger chez elle, l’emmenant en week-end. Jusqu’au jour où elle rencontre Roman. Là, la vie d’Andréa bascule à nouveau.

Presque tous les personnages de Nada sont détestables. Ceux qui ne le sont pas semblent fous ou en passe de le devenir. Même Andréa parait, par moments, basculer dans la folie : elle s’alimente très peu, par manque d’argent, reste spectatrice de sa vie la plupart du temps, ne prenant que peu d’initiatives pour l’améliorer. Elle attend principalement le bon vouloir de celles et ceux qui l’entourent.

Carmen Laforet nous présente une Barcelone qui fonctionne à double vitesse : celle de la famille d’André, des personnes brisées par la guerre et ses luttes intestines qui ne parviennent pas à reprendre pied ; puis celle de ses ami·es à l’université, une bourgeoisie qui a profité des conflits pour s’enrichir et regarder de haut celles et ceux qui n’ont pas su tirer leur épingle du jeu. Un monde encore très ancré dans les traditions et ses préjugés [sur la manière dont doivent vivre les femmes, notamment] qui s’oppose à un univers plus moderne, plus libre, qui offre de nouvelles perspectives pour celles et ceux qui sauront les saisir.

J’ai aimé la plume de Carmen Laforet qui rendait parfaitement l’ambiance pesante qui régnait autour d’Andréa. Elle a écrit de sublimes passages sur la ville même de Barcelone et, particulièrement, sa cathédrale dont l’aura semble également peser sur le destin d’Andréa. Elle pourrait presque être un personnage à part entière du roman. Malgré son héroïne principale qui pourrait paraître insipide à première vue, l’autrice nous distille, par petites touches, des pensées assez transgressives pour l’époque : ici une réflexion d’Andréa sur la manière dont les hommes se comportent ; là, une confidence d’une autre femme disant qu’elle n’avait pas désiré son enfant, etc. C’est, je pense, ce qui fait l’une des forces de ce roman. 

Mon impression en refermant Nada est mitigée : je n’ai pas ressenti de plaisir en le lisant car l’ambiance y était trop pesante, poisseuse, mais en même temps je ne pouvais me résoudre à abandonner Andréa à sa solitude. Je voulais croire à une possible lumière au bout de ce long tunnel…

Informations pratiques

 

 

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