L’Invention de nos vies de Karine Tuil

En cette fin 2014, ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux ont pu lire que je butais sur la lecture du dernier roman de Karine Tuil, L’Invention de nos vies. Je vous rassure tout de suite, ce blocage n’était pas dû à la qualité du roman en lui-même mais davantage à son contenu. Vous allez bien vite comprendre…

Karine_Tuil

Samir, Nina et Samuel ont 20 ans. Ils ont la vie devant eux, un parcours scolaire sans accrocs et une relation qui fascine autant qu’elle énerve leurs camarades de promo. Tout va donc pour le mieux jusqu’au drame qui va conduire Samuel à s’éloigner de sa fiancée et de son ami durant quelques semaines. Il demande alors à Samir de prendre soin de Nina, ce que le jeune homme fait avec, sans doute, un petit peu trop d’empressement. Au retour de Samuel, Nina doit choisir entre les deux hommes : choisira-t-elle la raison ou la passion ?!

20 ans plus tard, Samir est devenu Sam. Il vit à New York où il a épousé une riche héritière juive et gagne sa vie en tant qu’avocat. Mais sa vie américaine est basée sur un mensonge qu’il s’efforce à tout prix de camoufler. Malheureusement, la réapparition soudaine de ses anciens amis risquerait bien de faire sombrer l’édifice qu’il a mis des années à ériger. 

Les premières pages du roman m’ont quelque peu déconcertée. L’écriture de Karine Tuil est violente, agressive. Elle multiplie les phrases d’une longueur harassante, parsemées de dizaines d’énumérations. On y ressent la rage, la haine du personnage concerné. Puis, petit à petit, l’écriture se normalise et le lecteur peut davantage profiter de sa lecture.

Le récit se construit autour de la vision des trois personnages principaux, chaque chapitre s’intéressant à l’un d’eux. C’est Samir qui est le plus souvent concerné, son récit étant ça et là interrompu par les chapitres consacrés à Samuel ou Nina. L’écriture change suivant le personnage impliqué, s’adaptant à son caractère, bien que le récit soit écrit à la troisième personne du singulier.

La singularité de ce roman, élément qui m’a beaucoup plu au départ puis qui a fini par me lasser, c’est le fait que, pour chaque personnage mineur croisé par les protagonistes principaux, l’auteure nous propose une courte biographie en note de bas de page. Ces notes sont truffées de références culturelles ou historiques et contiennent parfois une touche d’humour. Même si ce concept est sympathique au demeurant, il a tendance à couper le lecteur dans l’enchaînement du récit. J’ai trouvé également que ce système n’était absolument pas adapté à la lecture du roman en numérique (ou alors, c’est ma liseuse qui gère très mal les notes de bas de page, c’est possible aussi) car la navigation du texte vers les notes et vice-versa était souvent laborieuse. J’ai d’ailleurs fini par reprendre mon exemplaire papier, pour éviter de m’énerver à chaque note [oui, j’aurais pu tout simplement arrêter de les lire, mais mon côté “petite curieuse” aurait alors été complètement frustré].

Mis à part ces deux-trois éléments négatifs, j’ai vraiment aimé ce roman de Karine Tuil. Pourquoi être restée bloquée trois semaines dessus alors ?! Tout simplement parce que j’avais horreur du monde dans lequel évoluent les personnages ! Tout n’y est que mensonge, jeux de pouvoir et dépravation. Et par moments, je me laissais tellement emporter par le récit que je ressentais toutes les tensions ressenties par les personnages. J’étais véritablement angoissée par ma lecture [bon, le fait que je sois fort tendue en ce moment à cause de mon boulot devait jouer aussi…]. Il fallait donc que je fasse des pauses régulières. Le problème, c’est qu’il me fallait ensuite plusieurs jours pour retrouver l’envie de me replonger dans le roman.

Par le biais de ce texte, Karine Tuil aborde également de nombreux problèmes de société qui sont terriblement actuels, notamment celui de la discrimination raciale. Les sujets sont développés de manière cohérente, réaliste et j’ai beaucoup aimé la manière dont elle les a traités. Je vous recommande donc cette lecture même si, encore une fois, ce n’est pas le roman le plus positif et lumineux qu’il soit. Et non, je rassure mes lecteurs assidus, mes lectures de cette année ne m’ont pas encore rendue complètement dépressive mais je vais quand même essayer d’en trouver de plus joyeuses pour 2015 !

Sur ce, je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d’année ! 

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