Leonora d’Elena Poniatowska
Au printemps, je suis allée voir l’exposition consacrée à Leonora Carrington au Musée du Luxembourg. Même si je n’ai pas particulièrement aimé ses œuvres, j’ai reconnu le talent indéniable de l’artiste et j’ai voulu en apprendre davantage sur sa vie et ses inspirations. Je me suis donc penchée sur le roman biographique Léonora, écrit par Elena Poniatowska car c’était l’un des seuls livres en français de la boutique du musée, qui ne pesait pas le poids d’un âne mort. Je ne vais pas laisser durer le suspens trop longtemps : cette lecture ne fut pas une partie de plaisir !
Résumé
Léonora grandit dans une riche famille d’industriels anglais où ses excentricités et ses envies de libertés sont régulièrement douchées par les contraintes que lui imposent son rang. Elle parvient néanmoins à convaincre son père de la laisser partir étudier la peinture à Paris, ce qui va lui ouvrir les portes d’une nouvelle vie.
Ce que j’en ai pensé ?!
Le roman s’ouvre sur l’enfance de Léonora, seule petite fille dans une fratrie de quatre enfants. Il est raconté à la 3e personne du singulier. La maison familiale vit sous la coupe sévère d’Harold Carrington qui a une vision encore très étriquée de ce à quoi peut ressembler la vie d’une jeune fille de bonne famille. Léonora bénéficie néanmoins de l’influence de sa Nanny, qui l’initie aux croyances mythologiques irlandaises. Celles-ci auront une grande influence sur son travail créatif, tout au long de sa vie. Dès son enfance, Léonora est une petite fille considérée comme « indomptable », qui refuse les contraintes que lui imposent son éducation, et décrète qu’elle est une jument et qu’elle sait parler la langue des animaux [ça revient aussi souvent à l’âge adulte, j’ai renoncé à comprendre]. Elle est exclue de plusieurs écoles dédiées aux jeunes filles de bonne famille et entre souvent en conflit avec ses parents qui souhaitent la voir rentrer dans le rang afin de faire un bon mariage.
A la fin de l’adolescence, elle part étudier l’art à Paris où son talent est rapidement reconnu par ses pairs et par ses professeurs. Elle y rencontre rapidement les grands noms du surréalisme et intègre ce groupe d’artistes, par l’intermédiaire de Max Ernst, devenu son amant. On suit leur histoire d’amour rocambolesque jusqu’à l’arrestation de Max Ernst lors de la Seconde Guerre mondiale et le départ de Léonora pour l’Espagne. Jusque-là, même si j’avais déjà beaucoup de mal avec le caractère très excentrique des personnages, je pouvais encore vaguement adhérer à leurs portraits, qui me semblaient très caricaturaux. Mais tout a basculé à partir de l’internement de Léonora à l’asile de Santander, puis lors de son exil vers l’Amérique.
Je crois que ce que je reproche principalement à ce roman, c’est son mode de narration. Il nous fait suivre Léonora et une foule d’artistes qui gravitent autour d’elle, sans qu’aucun ne bénéficie réellement d’une personnalité très travaillée. Toutes et tous sont caricaturaux et excentriques [alors OK, ce sont des artistes, mais faudrait quand même pas non plus abuser]. Leur présence permet surtout à l’autrice d’étaler ses connaissances du monde de l’art : c’est le prétexte pour citer les noms des plus grandes œuvres sur lesquelles ils et elles travaillent à telle époque, pour nous citer les grandes théories d’André Breton sur le surréalisme ou les avis de certains critiques d’art de l’époque. Mais tout cela reste très inaccessible pour un lecteur ou une lectrice qui ne connait pas cette histoire de l’art et, généralement, cela n’apporte pas grand chose au récit en lui-même.
La plupart des personnages féminins (hormis Remedios Varo, devenue la meilleure amie de Leonora) ne doivent leur présence dans le roman que pour leur statut de muse ou de compagne d’un autre artiste. L’autrice dénonce la misogynie du milieu surréaliste mais je trouve qu’elle n’est pas capable de donner une vraie profondeur à ses personnages féminins [on parle des portraits qui sont faits de Lee Miller ou Peggy Guggenheim ?!]. Par contre, je lui reconnais le mérite de mettre en avant à quel point tous ces grands artistes masculins étaient de sacrés salopards dans leur vie personnelle ! Tu aimais les œuvres de Max Ernst ? Oublie, il mérite pas !
De même, la plupart des grands événements politiques qui ont eu un impact sur la vie de Léonora (et son entourage) sont davantage abordés comme des rebondissements, qu’autre chose. Pourtant, l’autrice insiste lourdement sur les conséquences qu’ils produisent, notamment sur la santé mentale des protagonistes.
Bref, tout me semble vaguement survolé mais jamais approfondi [et pourtant, le roman fait plus de 500 pages !], ce qui donne l’impression qu’on passe à travers la vie de Léonora, sans vraiment bien la comprendre. Toutes ses décisions ont l’air d’être prises sous le coup de l’impulsion : mais puisque le roman n’est pas écrit depuis sa perspective à elle, on n’a pas accès à son intériorité. Pourtant, il y aurait eu largement matière à creuser : les traumatismes de l’exil, celui du viol qu’elle a subi pendant son passage en Espagne qui est à peine mentionné sur le moment et qu’on replace ça et là, ensuite, pour expliquer sa folie ou sa dépression, etc.
J’ai l’impression que l’autrice a voulu aborder trop de sujets à la fois au lieu de choisir quelques fils principaux à tirer. Il en ressort un roman très brouillon, qui donne une image assez négative de l’artiste qu’il est censé nous faire découvrir et aimer [car oui, le roman est présenté comme un hommage, pas une pièce à charge]. Je l’ai terminé en le lisant en diagonale, tant il m’insupportait. Et j’en ressors avec une profonde frustration, car il ne m’a pas vraiment aidée à mieux comprendre l’univers des œuvres de Leonora Carrington [enfin, si, je sais pourquoi il y a autant de chevaux dans ses peintures !].
Infos pratiques
- Titre : Léonora
- Autrice : Elena Poniatowska
- Traducteur : Claude Fell
- Édition : Babel, 2024
- Nombre de pages : 506 pages
- Genre : biographie
- Challenge : Une saison de pavé, pavé de l’été




2 commentaires
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Mokamilla
Je découvre l’artiste avec ta chronique. Un pavé qui ne convainc pas et qui ne donne pas spécialement envie de se lancer. Je commence justement de mon côté le 2e pavé de mon été. Merci pour ta participation.