Beaux rivages
Culture,  Lecture

Beaux rivages de Nina Bouraoui

Il y a de ces livres, dès que vous en entendez parler, vous savez que vous devrez les lire. C’était mon cas avec Beaux rivages de Nina Bouraoui que j’avais vu passer sur Booktube peu après LA rupture mais que curieusement, je n’avais jamais croisé en librairie jusqu’à cet été… A croire qu’il attendait que je sois prête à le lire pour venir jusqu’à moi [oui, je prête des intentions aux livres].

Résumé

A 46 ans, après 8 ans d’une relation à distance toujours aussi passionnelle, notre narratrice est quittée par Adrian, qui lui dit avoir rencontré une autre femme. Nous la suivons alors dans cette descente aux Enfers que l’on connaît si bien quand on ne peut cesser d’aimer celui qui est parti.

Et puis, peu à peu, la vie regagne du terrain sur la noirceur du désespoir. Et l’Amour, peut-être, peut à nouveau se frayer un chemin…

Ce que j’en ai pensé ?!

L’amour est ce qu’il y a de plus incertain : sublime dans son envol, hideux quand il se brise sans prévenir.

Dans ce roman, écrit à la première personne du singulier, Nina Bouraoui raconte avec beaucoup de justesse la douleur qui nous ronge quand la personne que l’on aime nous quitte : ce sentiment d’abandon qui nous donne envie de nous effacer de la surface de la Terre ; le pathétique avec lequel nous nous accrochons à chaque petite attention qui nous fait croire que l’Amoureux perdu pourrait revenir ; le besoin de ressasser encore et encore cette tristesse, comme si nous n’en étions jamais rassasié·e… Bref, elle nous entraine dans la descente aux Enfers de la narratrice et nous sombrons avec elle.

Celle-ci a l’illusion de garder le contrôle sur sa tristesse en cessant de s’alimenter. Elle se plait à voir son corps lentement s’effacer dans ses vêtements, malgré les avertissements de ses proches et d’Adrian. Elle ne dort presque plus et annihile sa douleur dans l’alcool et les médicaments.

Je perdais mes hanches, mes seins, mes fesses, ressemblant de dos à un garçon quand je relevais mes cheveux. Je gagnais une nouvelle énergie, toute en nerfs et en tensions, mauvaise énergie, me tenant aux aguets contre un danger. Je me sentais en combustion, me dévorais de l’intérieur, en proie à une lutte qui changeait chaque fois d’adversaire : l’Autre, Adrian, moi, chacun se succédant.

Elle développe ensuite une certaine obsession au sujet de l’Autre, celle qui partage désormais le lit d’Adrian : elle cherche des informations sur elle, lit compulsivement son blog personnel et attaque régulièrement Adrian à son sujet. De ce point de vue, j’ai trouvé que cette trame aurait dû être davantage creusée : la tension monte crescendo autour de cette rivalité qui se construit entre les deux femmes et puis ça retombe comme un soufflé. Et j’ai trouvé que le personnage d’Adrian était très lâche dans sa façon de gérer cette relation triangulaire.

Nos appels me terrassaient, j’aurais préféré rompre tout contact, mais je ne pouvais me passer de lui tant que je ne l’avais pas revu, espérant le regagner, c’était une lutte, j’en avais conscience.

Là où Beaux rivages a vraiment fait mouche, me concernant, c’est dans la description de la relation entre Adrian et la narratrice, après leur rupture : ce lien qu’il refuse de couper alors qu’il voit que cela la détruit, cette tendance à minimiser l’importance de l’amour qu’il porte à sa nouvelle compagne par rapport à leur histoire à eux, son refus d’emporter ses affaires encore présentes dans son appartement à elle, gardant ainsi une excuse pour revenir, … C’est finalement la narratrice qui coupe la relation pour sa propre survie, malgré [ou sans doute à cause de] tout l’amour qu’elle ressent encore pour lui, plusieurs mois après leur rupture.

Et ce qui m’a fait un bien fou en lisant ce roman, c’est qu’il ne se finit par sur un happy end en mode “elle trouve ensuite l’Amour-de-sa-vie” [je n’y aurais pas cru] mais qu’il montre qu’il est possible de guérir de cet immense chagrin qu’on pensait qu’il allait nous anéantir et même, de revivre de jolies histoires par la suite… Et ça, c’est typiquement ce que j’avais besoin de lire en ce moment !

[Certes, ça prend plus de temps chez certaines personnes que chez d’autres.]

[Le bonheur] – Je l’avais comme on a la grâce ou la vertu. Je l’ai perdu, ou plutôt il s’est égaré en moi, mais il reste présent comme un éclat qui ne brille plus, pour un temps, je le sais, je suis patiente et je n’attends pas, cela reviendra un jour, une nuit parce que c’est en vie et ça pulse, file et se propage, en silence.

Alors, si vous aussi, l’Amour vous a joué un très mauvais tour mais que vous vous sentez doucement prêt·e à remonter dans son train, je ne peux que vous recommander Beaux rivages qui est venu panser mes dernières blessures.

Infos pratiques

  • Autrice : Nina Bouraoui
  • Titre : Beaux rivages
  • Édition : Le Livre de poche, 2017
  • Première publication : 2016
  • Nombre de pages : 215 pages

 

3 commentaires

  • lilly

    Je crois que c’est ce qu’il y a de plus lâche pour l’un et de plus dur pour l’autre, ces ruptures où celui qui part continue à laisser flotter l’espoir (pour se flatter l’égo ou avoir une porte de sortie au cas où). J’espère que tu vas mieux.

    • Maghily

      Je vais mieux, merci ! 🙂
      [Il était temps, j’ai envie de dire.]

      Je ne suis pas sûre que ce soit toujours une question de se flatter l’égo ou de se garder une porte de sortie.
      Je crois qu’il n’est pas toujours facile de tirer un trait sur le passé. Mais c’est très dur pour celui ou celle qui y croit encore, effectivement.

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