Lecture

Frankenstein de Mary Shelley

Pendant les vacances de Noël, j’ai regardé le film biographique sur Mary Shelley réalisé par Haifaa al-Mansour où l’on apprend dans quelles circonstances l’autrice a écrit Frankenstein. De ce roman, je ne savais pas grand chose sinon l’image du monstre qui a été véhiculée sur nos écrans et le fait qu’il s’agit du premier roman de science-fiction. Quelques jours plus tard, alors que je lisais La Politique sexuelle de la viande Carol J. Adams, je tombe sur plusieurs références à Percy et Mary Shelley ainsi qu’un chapitre entier consacré à l’analyse de la Créature de Frankenstein en tant que figure végétarienne. Avant de continuer, j’ai décidé qu’il était temps que je découvre ce classique de la littérature anglaise. Cela tombait bien, je l’avais déjà téléchargé sur ma liseuse !

Résumé

Victor Frankenstein est un jeune scientifique, brillant, qui au cours d’expériences pour le moins douteuses, parvient à donner vie à une créature. Apeuré devant l’horreur de son œuvre, il la rejette et sombre dans la dépression. La Créature, quant à elle, découvre sa nouvelle condition et souffre rapidement des réactions des Hommes à son égard. Elle cherche alors à retrouver Frankenstein pour qu’il assume ses actes et l’aide à se construire une vie plus sereine.

Ce que j’en ai pensé ?!

Ce roman est fort différent de l’image que je m’en étais forgée ; il s’agit davantage d’un roman d’introspection et de suspens que d’un roman d’horreur au sens où nous l’entendons aujourd’hui. L’autrice reste assez vague quant à la manière dont Frankenstein travaille : il y a très peu de descriptions de la Créature en elle-même ou des expériences qui ont mené à sa naissance. Nous savons qu’elle est très grande, avec une force surhumaine et un teint de zombie et qu’elle a été créée à partir d’éléments provenant des tombes ou des abattoirs. Mais cela s’arrête-là. Pour le détail, c’est à nous de l’imaginer…

De même, j’ai été assez surprise de voir qu’en réalité Frankenstein est le nom du scientifique et non celui de sa Créature. Cette dernière, d’ailleurs, n’a pas de nom.

Mais alors, de quoi parle ce roman ? Il permet à son autrice de montrer à quel point les apparences peuvent être trompeuses et que LE monstre n’est peut-être pas celui que l’on croit. Frankenstein est un être égoïste et ambitieux qui souhaite montrer qu’il peut dépasser ses professeurs… Jusqu’au jour où il atteint son but et se rend compte, par la même occasion, de son erreur. Au lieu d’assumer ses actes, il se sauve, espérant que son forfait disparaîtra de lui-même. Et ce n’est que lorsqu’il est directement touché par les conséquences de sa création qu’il cherche réellement à réparer ses actes. Et encore, il passe surtout énormément de temps à se plaindre et à se regarder le nombril !

La Créature, quant à elle, permet de démontrer que l’on ne nait pas mauvais mais que ce sont les circonstances de la vie et les comportements d’autrui vis-à-vis de nous qui vont influencer notre caractère et nos actes. Elle est autodidacte et fait preuve d’une grande capacité de raisonnement : ce n’est pas un monstre incapable de réflexion. Que du contraire, d’ailleurs, dans ses raisonnements pour convaincre Victor de l’aider, elle fait preuve de beaucoup plus de maturité et de logique que le scientifique.

On peut donc se demander si le message que l’autrice essaie de faire passer à travers ses deux personnages ne serait pas qu’il est nécessaire de faire preuve de tolérance face à ceux qui sont différents et qui nous font peur, simplement parce que nous ne les connaissons pas. Par ce thème, ce roman est encore assez actuel.

Par contre, il ressort de ce roman une impression qu’il a été écrit d’une traite, un peu à la va-vite. Peut-être cette impression me vient-elle du film, c’est possible. Toujours est-il que j’ai trouvé l‘intrigue assez simpliste et l’univers décrit est assez peu détaillé (à part, peut-être les paysages que traversent Frankenstein). Il ne semble pas avoir fait l’objet de beaucoup de recherches. Ce qui l’a rendu remarquable, à l’époque, c’est l’originalité de son histoire et les débats autour de la condition d’homme qui émanent des réflexions des deux personnages principaux.

Sa structure est également intéressante : il commence et se termine par des lettres qu’un certain Walton envoie à sa sœur alors qu’il effectue un voyage en Antarctique. A l’intérieur de cette correspondance vient s’imbriquer le récit que Frankenstein lui fait de ses aventures alors qu’il a été accueilli sur son bateau. Enfin, dans ce témoignage s’intègre le dialogue que Frankenstein a eu avec sa Créature. Il y a donc trois niveaux de narration différents, ce qui vient casser la monotonie du récit.

Ce qui fait l’attrait de ce roman, c’est le fait que l’autrice y intègre, par petites touches, certaines de ses opinions politiques : elle critique à plusieurs reprises la manière dont les Européens ont tué les peuples autochtones lors de la découverte de l’Amérique, elle critique la place de la femme dans la société à travers les rôles qu’elle assigne à ses personnages féminins, ou encore, elle rend sa créature végétarienne.

Ma nourriture n’est pas celle des hommes, je ne tue ni l’agneau ni le chevreuil pour apaiser ma faim. Les racines et les baies me suffisent largement. Ma compagne aura la même complexion que la mienne et se contentera de la même chose. Nous ferons notre couche parmi les feuilles. Le soleil brillera pour nous comme pour les hommes et fera naître notre nourriture. Cette description que je te donne est paisible et humaine et tu dois sentir que ce serait faire preuve de méchanceté et de cruauté que de me refuser cela.

On peut comprendre que cela ait pu choquer à l’époque.

Je suis contente d’avoir finalement lu ce roman et je comprends pourquoi il est considéré aujourd’hui comme un classique de la littérature anglaise mais je n’en garderai pas un souvenir impérissable.

Informations pratiques

  • Titre : Frankenstein ou le Prométhée moderne
  • Autrice : Mary Shelley
  • Année de parution : 1818
  • Édition : Feedbooks – Par contre, cette version est remplie de fautes d’orthographe/de frappe, ce qui m’a pas mal dérangée mais je n’en ai trouvé aucune autre en libre de droits
  • Nombre de pages : 233 pages
  • Genres : science-fiction, horreur, classique
  • Challenges : ce roman entre dans la catégorie “Roman adapté au cinéma” du challenge 2019.

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