La Petite Bonne de Bérénice Pichat
Alors que Bérénice Pichat sort un nouveau roman pour la rentrée littéraire, j’ai décidé de me pencher sur son précédent : La Petite Bonne.
Résumé
Les Daniel vivent quasiment reclus dans leur grande maison bourgeoise : Monsieur a été fortement mutilé lors de la Grande Guerre et Madame vit désormais comme si elle était son infirmière personnelle. Mais tout cela doit changer ! Monsieur convainc sa femme de partir en weekend à la campagne, chez des amis. Il restera à la maison avec leur nouvelle petite bonne. Avec cette proposition, il a une idée derrière la tête mais pas sûre qu’elle plaise réellement à Madame…
Ce que j’en ai pensé ?!
A présent elle redoute d’aller chez les Daniel
C’est bête
Elle ne cesse de se gourmander
C’est le vieux
Il lui a fait peur
Elle n’arrive pas à l’appeler Monsieur
Dans ce roman, l’autrice alterne des passages en vers libres et de la prose. Les vers nous emmènent du côté de la petite bonne, dont on ne connaîtra jamais le prénom. Il n’y a pas de ponctuation dans ces vers, uniquement les passages à la ligne. Le niveau de langage utilisé correspond à celui d’une personne prolétaire, au milieu du siècle dernier : il est délicieusement daté. La prose, quant à elle, sert à décrire les passages concernant les maitres de maison. Le langage est y plus soutenu et leur vocabulaire semble plus contemporain. Cette alternance donne un rythme particulier au récit et permet d’identifier visuellement qui nous allons suivre sur les prochaines pages. Il m’a fallu quelques minutes de lecture pour m’y habituer, mais j’ai rapidement pris le rythme.
Après quelques dizaines de pages qui posent le contexte du récit et nous font découvrir un aperçu du caractère des différents personnages, le roman se transforme en huis clos entre Monsieur et la petite bonne. Celui-ci est parfois interrompu par un paragraphe racontant le séjour à la campagne de Madame mais cela reste assez anecdotique. Cela donne au roman, un petit air de thriller : on sent la tension monter entre les personnages, au fur et à mesure que le temps passe. On comprend que quelque chose de grave va se jouer : la question est surtout de savoir comment cela va-t-il finir ?
La relation qui se crée entre la petite bonne et son patron est très touchante. L’un fait d’abord preuve de mépris envers cette bonniche qui ne comprend rien à ce qu’il lui demande, l’autre est presque dégoûtée par cet homme ravagé qui lui fait face. Chacun·e est cabossé·e à sa manière mais peu à peu, les carapaces craquent. L’une et l’autre se montrent dans toute leur vulnérabilité et apprennent à regarder la situation avec les yeux celui ou celle qui lui fait face.
Avec La Petite Bonne, Bérénice Pichat aborde des sujets douloureux tels que le handicap, la précarité, les violences conjugales ou les difficultés des pair·es – aidant·es. Le tout, porté par des personnages qui nous bousculent.
J’ai absolument dévoré ce roman en deux soirées : si j’avais pu me permettre la nuit blanche, je l’aurais lu d’une traite. Je lui reprocherais une vision très culpabilisante de l’avortement et un plot-twist qu’on voyait un peu trop venir. Mais dans tous les cas, je vous le recommande ! Par contre, quand j’ai refermé le roman, j’ai eu un sentiment de déjà lu sans avoir réussi à retrouver à quelle autre histoire celle-ci faisait écho. Est-ce que je suis la seule à avoir ressenti cela ou bien d’autres parmi vous l’ont eu aussi ?
Et je constate que la maison d’édition Les Avrils entre tout doucement dans la liste très restreintes de mes valeurs sûres !
Infos pratiques
- Autrice : Bérénice Pichat
- Titre : La Petite Bonne
- Édition : Les Avrils, 2024
- Nombre de pages : 267 pages
- Genre : littérature blanche



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