Couverture de Pulsations de Florence Verney
Lecture

Pulsations de Florence Verney

Je sais bien, la saison de Lisez-vous le belge ? ne commence qu’en novembre mais si je prenais un peu d’avance en vous faisant découvrir une maison d’édition belge encore assez méconnue, avec Pulsations de Florence Verney ?

Résumé

Louise doit subir une greffe du cœur car son corps ne suit plus le rythme effréné qu’elle lui fait endurer depuis des années. C’est Hélène, chirurgienne de renom, qui doit l’opérer alors que June, jeune infirmière qui refuse de se laisser gagner par la désillusion s’occupe de sa convalescence. Trois femmes, trois destins reliés autour d’un même événement et qui se découvriront bientôt une passion commune, celle de la musique. Le tout, avec la mer en toile de fond.

Ce que j’en ai pensé ?

June s’est sentie gagnée par une sorte de chagrin. Un mal du pays qui ne s’attachait à aucun territoire. Elle s’est demandé combien il lui restait de temps pour le rêve, hors des tâches successives et de leur liste étendue chaque jour à l’infini.

Le roman se divise en trois grandes parties qui marquent le cheminement de ces trois destins. Les chapitres, assez courts, s’alternent rapidement, chacun s’attachant à suivre l’une des protagonistes. J’ai beaucoup aimé suivre le quotidien de ces trois femmes, aux vies extrêmement différentes. A Louise, je n’ai pas réellement su donner d’âge : certes, ses deux fils ont la vingtaine mais elle pourrait avoir la petite quarantaine comme approcher de l’âge de la retraite. Avec elle, on comprend ce que la précarité et la violence peuvent engendrer comme altérations sur le corps. Issue d’un milieu plutôt prolétaire, elle a vécu avec un mari alcoolique et cumulait à la fois un métier éreintant et l’envie d’offrir la meilleure éducation possible à ses fils. Il lui aura donc fallu cette greffe de cœur pour apprendre à vivre pour elle-même et encore, ce n’est pas forcément évident.

Hélène, quant à elle, appartient à la grande bourgeoisie et fait presque figure de rebelle de la famille en travaillant dans un hôpital public. A travers son personnage, Florence Verney nous pousse à explorer le deuil et les différentes formes qu’il peut prendre, que ce soit le déni, la colère ou le besoin de retrouver ce qui faisait l’essence d’une relation. Les passages qui la concernent contiennent de très belles pages sur l’amitié homme – femme, dénuée de toute ambiguïté amoureuse. C’est rafraichissant !

Enfin, June permet à l’autrice de mettre en lumière les difficultés que traverse actuellement [enfin, au moins depuis les 10 ans de macronisme] le monde médical. La jeune femme a beau adorer son métier, on constate à plusieurs reprises que les conditions dans lesquelles elle l’exerce lui donnent l’impression de perdre le sens qu’elle lui prêtait initialement. Pour écrire ces personnages, notamment, l’autrice s’est appuyée sur des entretiens avec des professionnel•les du monde médical et des patient•es. J’ai trouvé que cela se ressentait un peu dans l’écriture : les parties qui se déroulent à l’hôpital sont parfois très explicatives et prennent peut-être un peu trop les lecteurs et lectrices par la main. Néanmoins, cela reste très fluide.

Le dernier « personnage » principal de ce roman, c’est la musique. Indirectement, elle lie les trois protagonistes : Hélène avait rencontré son meilleur ami, dont elle fait le deuil, à l’académie de musique, il en avait fait son métier ; Louise se découvre un nouvel attrait pour la musique après son opération et a l’impression que cela parle à son nouveau cœur alors que June laisse exploser sa colère et la frustration liée à ses conditions de travail en allant s’épuiser physiquement sur la piste de danse. Cette passion commune permet à Florence Verney, elle-même issue d’une famille de musicien•nes, de nous proposer de magnifiques descriptions de la manière dont ces trois femmes vivent la musique qu’elles écoutent. Elle utilise des descriptions extrêmement sensorielles qui nous donnent l’impression d’être nous-mêmes traversé•es par les notes qu’elle décrit. D’ailleurs, le roman se prête parfaitement à une lecture accompagnée de sa playlist figurant en fin d’ouvrage [perso, j’adore quand les auteurices nous partagent leur playlist !].

Pulsations fut donc une excellente surprise ! J’ai été tour à tour triste, joyeuse ou en colère avec les personnages [j’ai même versé ma petite larme sur la fin]. C’est une lecture engagée et foisonnante, que ce soit par les émotions qu’elle nous fait traverser, les thèmes ô combien actuels qu’elle aborde ou le vocabulaire précis qu’elle convoque [j’ai appris plusieurs nouveaux mots, ce qui est assez rare en littérature contemporaine pour être noté, ]. Je vous recommande donc ce premier roman de Florence Verney et je peux vous dire que je vais surveiller ses prochaines publications !

Infos pratiques

  • Titre : Pulsations
  • Autrice : Florence Verney
  • Édition : Genèse, 2026
  • Genre : contemporain
  • Nombre de pages : 324 pages

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