Couverture de La femme du lac
Lecture

La femme du lac de Sandra de Vivies

De La femme du lac, je ne savais rien avant de tomber dessus en librairie mais j’ai choisi de faire confiance aux éditions Cambourakis.

Résumé

Une femme achète une boite de photos et de négatifs sur un marché aux puces berlinois. Elle se surprend alors à imaginer la vie de ces personnes qu’elle voit apparaître sur les photos et décide de se renseigner sur l’endroit où celles-ci ont été prises. Cela la mène à s’intéresser au nazisme et à ses conséquences dans cette région.

Ce que j’en ai pensé ?!

Si vous n’aimez pas l’écriture fragmentaire, passez votre chemin ! Sandra De Vivies mélange les genres dans cet ouvrage difficilement qualifiable de roman : tantôt vous pouvez lire des poèmes, tantôt des descriptions factuelles des photos achetées par « la femme », tantôt des passages qui pourraient appartenir à un livre d’Histoire sur l’Allemagne nazie. Pendant un long moment, les fragments se suivent sans que l’on ne comprenne vraiment quel fil les maintient ensemble. Puis, peu à peu, les choses s’éclaircissent et le lien se fait : en enquêtant sur la femme qui se trouve sur les photos, la narratrice découvre que nombreuses d’entre elles ont été prises autour d’un lac bien précis. Et près de ce lac se trouvait un centre de redressement où l’on envoyait les enfants et adolescents qui n’entraient pas dans les normes aryennes. Ils y venaient pour être rééduqués ou, bien souvent, pour être « éliminés ».

Cette découverte va pousser la narratrice à réfléchir sur ce qui fait qu’une personne est vue comme différente, aux yeux de la société, et sur ce que cela signifie, selon les époques. La narratrice, elle aussi, a été considérée comme une enfant « différente » : quel aurait été son destin dans l’Allemagne nazie ? Comment la société intègre-t-elle ou non, les personnes qui n’entrent pas dans les bonnes cases ? Que fait-on des personnes qui ne sont pas suffisamment « performantes » ?

Cet ouvrage permet des réflexions intéressantes mais j’ai malheureusement eu beaucoup de difficultés à entrer dedans et à comprendre où l’autrice m’emmenait : aucun personnage n’est nommé donc d’un passage à l’autre, difficile de déterminer qui se cache derrière « la femme » ou « elle ». S’agit-il de celle qui est sur les photos ou de celle qui les achetées ?

Par sa forme, on pourrait penser que ce livre peut se picorer, par exemple dans les transports en commun ou dans des moments d’attente. Mais je recommande plutôt de le lire de façon suivie, presque d’une traite. Ce n’est qu’à partir du moment où je me suis plongée dedans, depuis le calme de mon canapé, que j’ai pu mieux l’apprécier et mieux suivre les réflexions de l’autrice. Celles-ci me sont apparues comme une sorte de flux de pensées interrompu, ça et là, par un poème ou une reproduction de photo en noir et blanc. Certaines m’ont bousculées, d’autres m’ont donné envie de me réintéresser aux exactions nazies. Plus jeune, j’ai lu beaucoup de romans qui se déroulaient durant la Seconde Guerre mondiale, puis je me suis lassée.

La femme du lac est une bonne piqûre de rappel concernant la capacité des hommes à faire le mal envers celles et ceux qui ne leur ressemble pas ou pas assez. Or, vu l’évolution de la politique internationale, ça ne fait pas de mal de se le remettre en mémoire [et d’aller voter contre les fachos, par la même occasion !].

Infos pratiques

Si vous souhaitez me laisser un petit mot...