Couverture de Jeu blanc, de Richard Wagamese devant une cour enneigée
Culture,  Lecture

Jeu blanc de Richard Wagamese

Ce week-end, la neige est tombée sur Bruxelles : c’était donc le moment idéal pour me lancer dans Jeu blanc de Richard Wagamese. De cet auteur, j’avais déjà lu Les étoiles s’éteignent à l’aube, qui avait été un immense coup de cœur.

Une fois, j’avais lu qu’il y avait dans l’univers des trous qui avalaient toute la lumière, tous les corps. St. Jerome’s vola toute la lumière de mon monde.

Résumé

Indian Horse était un jeune garçon de huit ans lorsqu’il a été arraché à sa vie dans la nature pour être envoyé dans un internat tenu par une congrégation catholique bien décidée à redresser les âmes païennes des enfants autochtones. C’est là qu’il découvre le hockey sur glace, un sport pour lequel il semble développer un don particulier… Et si celui-ci pouvait l’aider à sortir de cet enfer ?!

Ce que j’en ai pensé ?!

De prime abord, je n’étais pas franchement attirée par cet histoire de hockey sur glace [le sport, le froid et moi, on est pas vraiment potes] mais j’ai décidé de faire confiance à cet auteur qui avait déjà réussi à me subjuguer. Et devinez quoi : j’ai vraiment bien fait !

Le roman démarre alors qu’Indian Horse est adulte et semble participer à un programme de réinsertion pour personnes alcooliques, dans un centre communautaire. Dans ce programme, il lui est demandé de raconter son histoire, ce qu’il accepte de faire, à condition que ce soit par écrit.

Indian Horse déroule alors son récit : depuis l’enlèvement de ses frères et sœurs par des hommes blancs en passant par sa vie caché au fin fond des bois auprès de sa grand-mère, son placement à l’internat et le début de sa vie en tant que joueur de hockey sur glace.

De son enfance en famille, il se souvient surtout de sa grand-mère qui lui apprenait les techniques de survie ancestrales ainsi que les histoires de ses ancêtres mais aussi, des ravages de l’alcool sur la vie de ses parents, après la disparition de sa fratrie. Il est élevé dans la terreur de l’homme blanc mais ses parents ont tout de même la présence d’esprit de lui apprendre la langue anglaise, pensant que cela pourrait lui sauver la vie, s’il venait lui aussi à se faire prendre. Et ce fut utile car, lorsque le petit garçon est emmené dans cette école qui tient davantage de l’Enfer sur Terre que de Paradis, cette érudition va lui permettre de s’échapper dans la lecture et lui attire l’indulgence de ses geôliers. De cette première partie, j’ai envie de retenir les magnifiques descriptions des paysages canadiens qui nous font à la fois rêver et frémir devant leur grandeur.

Jeu blanc raconte les sévices qu’encouraient les enfants autochtones placés dans ces écoles : il y est question de maltraitance [que ce soit par de la violence physique, sexuelle ou psychique] à un haut niveau de sadisme, le tout sous couvert de respecter la « volonté de Dieu ».

Indian Horse va y faire la rencontre du Père Boutillier, un prêtre plus jeune et plus moderne qui décide de le prendre sous son aile et lui fait découvrir le hockey sur glace. Une porte de salut qui lui aura finalement couté très cher…

On suit ensuite son évolution dans l’univers du hockey, d’abord au sein de l’école puis dans des équipes de réserves autochtones jusqu’à atteindre la ligue nationale. C’est un milieu où le racisme est omniprésent, décuplant la violence déjà visible habituellement sur le terrain allant jusqu’à la transposer également à l’extérieur de celui-ci. Ces quelques chapitres qui racontent son parcours de hockeyeur donnent lieu à de longues descriptions de parties et de stratégies de jeu qui m’ont plutôt laissée de marbre [j’en ai même sauté l’un ou l’autre passage]. Par contre, elles m’ont révoltée chaque fois qu’Indian Horse et ses coéquipiers étaient victimes d’humiliations tant du côté de leurs adversaires que du public.

S’ensuit une longue descente aux enfers pour le jeune homme qui décide de quitter ce milieu et devra vraiment toucher le fond du fond avant de pouvoir reprendre la main sur sa vie et surmonter la colère qui le ronge de l’intérieur. C’est là qu’on le retrouve dans le centre communautaire dans lequel débute le roman.

Jeu blanc est un roman magnifique, avec des pages sublimes qui décrivent la nature sauvage du Canada mais qui sont contrebalancées par les horreurs que subissent les personnages. Je pense que c’est un aspect à ne pas négliger avant de se lancer dans sa lecture : on y prend vraiment conscience de toutes les atrocités que les hommes blancs, entre autres catholiques mais pas que, ont fait subir aux populations autochtones [et ce n’est pas terminé, pour certaines des discriminations décrites].

Infos pratiques

  • Auteur : Richard Wagamese
  • Titre : Jeu blanc
  • Traductrice : Christine Raguet
  • Année de publication : 2012
  • Edition : 10/18, 2019
  • Nombre de pages : 261 pages
  • Challenge : En sortir 26 en 2026

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