La fiancée américaine d’Eric Dupont

Ce roman m’avait fait de l’œil l’an dernier dans les rayonnages de la Fnac mais sa taille et ma PAL gargantuesque de l’époque m’avaient retenue de l’acheter. Entre-temps, ma collègue Superpoule, à qui j’avais conseillé la saga de Marie Laberge, Le goût du bonheur, avant son road-trip québécois l’an dernier, a lu cette petite brique et m’en a dit le plus grand bien. V. s’y est mise, elle aussi. Je n’avais donc plus d’autre choix que celui de craquer quand j’ai croisé son chemin chez Pêle-Mêle, fin juin. Je me suis jetée dessus directement, afin de l’avoir terminé avant mon propre voyage. Ma déception a été grande lorsque j’ai remarqué que Rivière-du-Loup n’était pas du tout sur notre parcours et que je ne pourrais donc pas aller découvrir le lieu où tout a commencé…

Résumé

Dans la famille Lamontagne, chaque génération doit avoir sa Madeleine. La promise de son fils lui ayant quelque peu fait faux bond, Madeleine-la-mère s’en est donc allée chercher une Américaine aux yeux sarcelle. Certes, elle ne parlait pas français mais elle avait l’avantage d’avoir le prénom qu’il fallait. De cette union très éphémère naît en grandes pompes, Louis Lamontagne, dit Le Cheval, une véritable attraction pour toute la communauté de Rivière-du-Loup. Nous suivons alors Louis et sa descendance (dont une nouvelle Madeleine), à travers tout le vingtième siècle et aux autre coins du monde…

Ce que j’en ai pensé ?!

La première chose qui m’a marquée, c’est la plume de l’auteur, particulièrement riche en expressions truculentes. Elle fut l’occasion de quelques éclats de rire face à des métaphores pour le moins imagées et inattendues.

Je ne peux résister à l’envie de vous montrer un exemple…

Par contre, je dois vous avouer que j’ai bien failli ne pas persévérer dans ma lecture car dans les premiers chapitres, nous rencontrons toute une série de personnages appartenant à différentes générations de Lamontagne et il est assez difficile de voir où tout cela nous mène. D’autant plus que l’auteur décide alors de s’attarder, durant plusieurs dizaines de pages, sur le récit des aventures du Cheval dans les foires agricoles d’Amérique du Nord qu’il arpentait en tant qu’homme fort pour se faire un peu d’argent, avant que ses prouesses ne l’envoie directement au front, au cours de la Seconde Guerre mondiale. J’ai assez peu accroché à toute cette partie et sans l’assurance que cela n’était qu’un mauvais moment à passer avant que le livre ne devienne vraiment passionnant, je l’aurais certainement abandonné [comme quoi, il faut toujours faire confiance à ses collègues]. Ce n’est qu’à partir de la génération suivante que j’ai vraiment apprécié le récit.

A travers cette famille, Eric Dupont nous dépeint les grands moments qui ont permis la construction du Québec contemporain : l’enrôlement d’une partie de la jeunesse dans les conflits européens et le retour des soldats au pays, les changements que connaît l’économie du pays, l’émancipation de la société face à l’emprise de la religion catholique par le biais de la révolution tranquille, etc. C’était intéressant d’en apprendre davantage sur nos lointains cousins qui nous semblent si proches. Les comportements de certains prêtres catholiques sont pour le moins détestables et je comprends mieux l’aversion des jeunes générations pour la religion !

J’avais un peu peur de ne pas m’y retrouver au milieu de tous ces personnages portant le même prénom mais l’auteur a su trouver la parade. Le Cheval adore raconter des histoires familiales, notamment à ses enfants, dont la petite Madeleine. C’est par le biais de ces histoires pré-dodo que nous allons découvrir une partie des aventures de la famille Lamontagne. Pour que les gamins [et surtout pas les gosses !] comprennent de qui il retourne, il a donné des surnoms aux ancêtres de sa fille : son arrière grande-mère devenant Madeleine-la-mère et sa grand-mère, Madeleine-l’américaine. Tout de suite, ça facilite la compréhension. Les esprits les plus vifs d’entre vous remarqueront que les Madeleine ont sauté une génération puisque la maman de notre Madeleine principale s’appelle Irène, mais là, je me disperse…

J’ai parfois été dérangée par certaines relations familiales qui frôlaient le politiquement incorrect… D’autant plus que l’auteur aime jouer des ambiguïtés qu’il fait naître dans les relations qui unissent ses personnages.

Malgré ses relations conflictuelles avec ses fils et son caractère pour le moins difficile, j’ai beaucoup aimé le personnage de Madeleine. Elle est entourée de mystère, semble fragile mais également terriblement forte. Elle dégage également une certaine aura qui fait que beaucoup de ses proches ont du mal à lui résister. Dans sa jeunesse, surtout, elle traverse diverses épreuves qui la rendent beaucoup plus humaine et qui ont contribué à mon attachement pour ce personnage malgré ses agissements pas toujours en accord avec mes propres valeurs.

J’ai littéralement dévoré ce roman et l’ai refermé avec un petit pincement au cœur et l’envie, encore plus grande, de découvrir davantage la littérature québécoise. D’ailleurs, si vous avez des romans québécois à me conseiller, je suis preneuse (en dehors de ceux de Marie Laberge, que je connais déjà). J’espère avoir l’occasion d’aller prochainement faire un tour chez Tulitu pour pêcher quelques idées…

Infos pratiques

  • Auteur : Eric Dupont
  • Titre : La fiancée américaine
  • Edition : J’ai Lu, 2015
  • Nombre de pages : 919 pages
  • Genre : contemporain, saga familiale
  • Ma note : 16/20
  • Challenges : ce roman m’a permis de valider ma participation au challenge Un pavé par mois de Bianca ainsi que la catégorie « Un roman québécois » du challenge 2017 de Mille vies en une.

 

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8 commentaires sur “La fiancée américaine d’Eric Dupont”

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