L’invincible été de Liliana de Cristina Rivera Garza
J’avais commencé L’invincible été de Liliana, il y a quelque mois, dans le cadre d’un bookclub féministe mais je n’avais finalement pas eu le temps de lire et l’avais reposé. En mars, puisque l’idée était de lire des livres d’autrices, à la couverture mauve, je l’ai repris.
Résumé
En juillet 1990, Liliana, alors étudiante en architecture à Mexico est assassinée par son ex petit-ami. Bien que le coupable soit connu, justice n’a jamais été faite. 30 ans plus tard, Cristina, sa sœur, décide de rouvrir le dossier concernant le féminicide de Liliana. Pour lui rendre justice, mais surtout, pour comprendre comment les choses en sont arrivées là.
Ce que j’en ai pensé ?
L’invincible été de Liliana n’est pas un roman mais un livre-enquête dans lequel Cristina remonte le temps pour essayer de comprendre s’il aurait été possible de déceler des signes avant-coureur du drame qui a touché sa famille lors du meurtre de sa sœur. Pour ce faire, elle commence par retourner au tribunal de Mexico, afin de demander à consulter le dossier judiciaire de l’enquête. Après un parcours labyrinthique, digne de procès de Kafka, elle apprend que le dossier a « disparu ». Cristina décide alors de se plonger dans les archives de sa sœur et de rencontrer ses proches de l’époque pour essayer de comprendre comment se sont déroulés les derniers mois de vie de Liliana.
Liliana avait rencontré Angel alors qu’elle vivait encore chez ses parents à Toluca. Elle avait 16 ans. Après une longue période où il l’a courtisée, elle a fini par céder à ses avances et entamer une relation amoureuse avec lui. Pourtant, dès le début de cette relation, des tensions sont apparues : Angel trompait Liliana et était d’une jalousie féroce. Les choses se sont visiblement compliquées lorsque la jeune fille a été admise à l’université, contrairement à Angel, obligé de rester travailler à Toluca. Liliana avait décidé de se défaire de cette relation mais Angel revenait sans cesse, la menaçant de se faire du mal ou d’en faire à ses proches. De tout cela, elle n’a visiblement jamais parlé avec ses proches : si quelques-un·es de ses ami·es les plus proches sentaient qu’il y avait des tensions, aucun·e n’imaginait que la relation était aussi toxique. D’autant plus que Liliana s’était engagée dans une nouvelle relation avec Manolo, un camarade d’université : serait-ce ce qui a fait vriller Angel ?
A travers la correspondance de la jeune fille, mais aussi les témoignages de ses proches, on découvre une jeune femme lumineuse, passionnée d’architecture mais aussi de littérature, de cinéma, de politique. Tous·tes ses ami·es s’accordent pour dire qu’elle était l’une des étudiantes les plus intelligentes du groupe : Liliana vivant près de l’université, c’était chez elle qu’iels se rassemblaient pour travailler sur leurs nombreux travaux de groupes. C’était également une jeune femme éprise de liberté, qui ne voulait pas appartenir à un homme : un discours encore très difficile à entendre au Mexique, aujourd’hui, alors que dire en 1990 ?
En parallèle des extraits d’archives et des témoignages, Cristina s’appuie sur des travaux de sociologues au sujet des violences conjugales et des féminicides pour penser ce qui est arrivé à Liliana. Elle constate que leur incapacité, à l’époque du meurtre, à lui rendre justice provient également du fait que le mot « féminicide » n’existait pas. Comment lutter contre quelque chose que l’on ne peut pas nommer ?
C’est un livre dans lequel j’ai d’abord eu du mal à entrer : je pense que cela venait du côté très discontinu de sa forme. J’étais également peu passionnée par toute la partie qui reprend la correspondance de Liliana : les lettres d’une adolescente de 17 ans à ses amies ne sont pas forcément les plus intéressantes qui soient… Mais une fois qu’on a atteint la partie concernant les témoignages, je me suis laissée prendre par le texte et j’ai enfin compris pourquoi ce livre avait été autant plébiscité.
Infos pratiques
- Titre : L’invincible été de Liliana
- Autrice : Cristina Rivera Garza
- Traductrice : Lise Belperron
- Édition : Bourgois Editeur, 2024
- Nombre de pages : 384 pages
- Genre : témoignage


