Hamnet de Maggie O’Farrell
La sortie du film Hamnet, dans les salles belges, m’a motivée à lire le roman de Maggie O’Farrell qui me tentait depuis bien longtemps. Et vu que le jour où j’y suis passée, Tropismes ne l’avait qu’en anglais, il me permet de valider une première lecture en VO pour cette année !
Résumé
Comment survivre au décès d’un enfant ? Que deviennent celles et ceux qui restent après le drame ? Comment redonner du sens à la vie, après une telle épreuve ? C’est ce que l’autrice cherche à découvrir dans ce roman où l’on suit la famille d’un célèbre dramaturge après le décès d’un de ses enfants.
Ce que j’en ai pensé ?!
Le livre se divise en deux grandes parties : avant et après le décès d’Hamnet. J’ai d’ailleurs été assez surprise que celui-ci intervienne si tard dans le récit alors que le titre et le résumé nous l’annoncent dès le départ. Cela annule tout l’effet de surprise qui aurait pu être induit par la construction même de l’intrigue. Car, dès les premières pages, ce n’est pas Hamnet que l’on découvre malade, mais Judith, sa sœur jumelle. Et pendant un long moment, c’est pour sa vie à elle que l’on craint. Or, ayant déjà l’information de la personne qui va mourir, on s’attend à ce qu’il se passe un retournement de situation.
Cette première partie alterne des chapitres au présent où l’on suit l’état de santé des jumeaux avec des chapitres écrits sous forme de flashbacks qui nous racontent comment Shakespear a rencontré, Agnès, celle qui deviendra la mère d’Hamnet. La seconde partie n’est plus qu’un long chapitre qui raconte l’après : comment chaque membre de la famille tente de naviguer à travers son deuil, avec plus ou moins de facilité.
Contrairement à ce que le titre pourrait faire penser, le véritable personnage principal de ce roman, c’est Agnès. On la rencontre enfant, lorsqu’elle doit affronter le décès de sa mère et on la suit jusqu’à ce nouveau deuil auquel elle doit faire face. Entre-temps, la jeune femme s’est construite à contre-courant de ce que la société attendait d’elle : fille de la campagne, elle a épousé un intellectuel sans le sous, qui ne jure que par la ville ; initiée aux bienfaits des plantes, elle procure des remèdes aux gens du village qui la prennent pour une sorcière. Agnès est une femme qui fonctionne à l’instinct, avec une conscience aigüe du monde des vivants, mais aussi de celui des morts.
Dans ce roman, il est largement question de deuil car le récit se déroule à une époque où la mortalité infantile était bien plus fréquente qu’aujourd’hui. Les femmes connaissaient toutes, ou presque, la perte d’un enfant et risquaient, elles-mêmes, de perdre la vie en donnant naissance. Leur deuil se devait donc d’être rapide, ou du moins, elles devaient rapidement le mettre de côté pour reprendre la gestion de la maisonnée. Là encore, les réactions d’Agnès dénotent de ce qu’il est attendu d’elle.
Hamnet aborde aussi largement les relations qui se tissent au sein d’une famille, qu’elles soient saines ou dysfonctionnelles. On y perçoit les traumatismes causés par un père ou un mari violent, le soutien indéfectible du lien fraternel quand il s’est construit dans l’adversité, le lien tout particulier qui se tisse entre des jumeaux, … Mais aussi, le respect et l’amour qui se développent entre une belle-mère et sa bru, à travers les épreuves que la vie les force à affronter ensemble.
Ce roman, c’est aussi une terrible histoire d’amour entre une femme profondément éprise et un artiste que j’ai trouvé absolument égoïste, qui préfère à plusieurs reprises son art et sa liberté aux responsabilités qui lui incombent en tant que père [vous me direz, pour un homme, rien de bien étonnant]. Mais j’avoue avoir eu du mal à accepter le twist final qui viendrait absoudre toutes ses fautes grâce à la beauté de ce qu’il sera parvenu à créer.
Hamnet est un très beau roman, empli de descriptions fabuleuses de la nature, que je vous recommande chaudement. Maintenant, j’ai hâte de voir son adaptation !
Infos pratiques
- Titre : Hamnet
- Autrice : Maggie O’Farrell
- Année de publication : 2020
- Édition : Tinder Press, 2025
- Genre : historique
- Nombre de pages : 372 pages



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