Couverture de Notre part de nuit
Lecture

Notre part de nuit de Mariana Enriquez

Objectif lecture de novembre : lire la petite briquasse reçue à Noël dernier avant décembre. En plus, c’est l’ambiance spooky idéale pour lire Notre part de nuit de Mariana Enriquez.

Résumé

Tout commence par un genre de road-trip entre Juan (le père) et Gaspard (6 ans) à travers l’Argentine pour rejoindre une étrange maison familiale. Tout au long du voyage, la tension est palpable : vont-ils arriver à destination ? Vont-ils se faire arrêter par les milices ? Fuient-ils un autre danger ? On apprend rapidement que la mère de Gaspard est morte quelques mois plus tôt : le père et le fils en sont encore terriblement affectés. Juan semble faire partie d’une secte occulte dont il est l’instrument : on l’appelle le Medium et ce pouvoir l’épuise de plus en plus. Ses jours sont comptés.

Arrivés à destination, on comprend davantage ce qui se joue. Gaspard est pressenti pour prendre le relai de son père après la mort de celui-ci. Juan va tout faire pour protéger son fils de ce destin funeste et pour y parvenir, il doit d’abord l’éloigner de la famille de sa mère qui dirige l’Ordre.

Ce que j’en ai pensé ?

Comme beaucoup, j’avais été attirée par Notre part de nuit suite aux avis dithyrambiques de certaines influenceuses du monde du livre (Maargorito, pour ne pas la citer). Mais je l’avais chaque fois reposé dans les rayonnages des librairies car ce livre fait pas loin de 800 pages et que je suis une flipette qui déteste les films/livres d’horreur. De plus, en bonne pragmatique, j’ai toujours du mal à adhérer aux histoires où le fantastique se mêle à la réalité… Bref, j’étais pas spécialement le bon public.

Pourtant, j’ai très vite été happée par cette histoire ! Le personnage de Gaspard est très attachant : il doit lutter contre la violence de son père qui ne cesse de lui dire qu’il veut le protéger tout en le frappant régulièrement… Oui, paie ta famille dysfonctionnelle !

Le livre se divise en plusieurs grandes parties, qui ne suivent pas toujours un ordre chronologique et sont racontées d’après le point de vue de différents personnages. Par exemple, une partie s’attache à la vie de la mère de Gaspard, bien des années avant sa mort ; une autre est un article de presse rédigé par une journaliste qui relate une de ses enquêtes touchant à l’histoire de Gaspard, etc. A chaque nouvelle partie, il faut prendre le temps d’atterrir pour comprendre qui nous parle exactement. D’autant plus qu’on s’aperçoit que certains personnages secondaires sont connus de Gaspard sous une certaine identité mais apparaissent sous une identité différente pour les autres narrateur·ices. Donc oui, il ne faut pas s’endormir sur le bouquin si on veut suivre !

Si on passe au-dessus du côté fantastique/horrifique du roman, on constate que celui-ci nous fait découvrir tout un pan de l’histoire politique de l’Argentine du XXe siècle. On y voit les rapports de pouvoirs exercés par les grandes familles de colons sur la population locale, la main-mise du pouvoir militaire, la répression envers les opposants politiques au régime en place, etc. Il est aussi largement question de l’épidémie de Sida et de la répression envers les personnes LGBTQIA+.

A travers les ami·es de Gaspard, on perçoit différents pans de la société argentine : celleux qui ont réussi à faire fortune grâce aux nouvelles technologies, celleux qui galèrent à trouver du travail malgré leurs diplômes, celleux qui subissent la destruction du système de santé publique, etc. C’est donc un roman éminemment politique que propose Mariana Enriquez. Je l’ai trouvé souvent glauque, violent, mais je vous le recommande si vous souhaitez découvrir un roman qui sorte de l’ordinaire et où la distinction entre le Bien et le Mal n’est pas toujours si évidente à faire. Par contre, si vous ne supportez pas les histoires où l’on fait souffrir des enfants, passez votre chemin.

Infos pratiques

  • Titre : Notre part de nuit
  • Autrice : Mariana Enriquez
  • Traductrice : Anne Plantagenet
  • Édition : Points, 2023
  • Nombre de pages : 768 pages
  • Genre : horreur
  • Challenge : Quatre saisons de pavés

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