Couverture de Blonde de Joyce Carol Oates
Culture,  Lecture

Blonde de Joyce Carol Oates

La période des vacances est toujours propice à sortir les pavés qui dorment dans la PAL… Pour Noël, j’avais donc choisi d’enfin lire Blonde, de Joyce Carol Oates, une belle brique de plus de 1100 pages !

Résumé

Blonde est l’autobiographie fictionnelle de Norma Jeane Baker, alias Marilyn Monroe : de son enfance alors qu’elle est élevée par sa grand-mère Della, jusqu’à sa mort, à l’âge de 36 ans. Le roman la suit dans toutes les grandes étapes de sa vie qui ont contribué à faire d’elle l’icône qu’elle est devenue.

Ce que j’en ai pensé ?!

Si vous souhaitez vous lancer dans cette lecture, préparez-vous au fait que ça va être long, très long ! D’abord, parce que le livre en lui-même est conséquent, mais surtout, parce que l’autrice est particulièrement bavarde, parfois trop.

Le roman suit une structure chronologique et se découpe en 5 grandes parties correspondant chacune à une grande période de la vie de Norma Jeane : son enfance, son entrée dans la vie adulte, le démarrage de sa carrière en tant que Marilyn, son apogée et sa fin de vie. Chacune de ces parties est ensuite subdivisée en chapitre de longueurs très inégales, qui décrivent un « moment » en particulier. Le style et la narration changent pour chaque chapitre : ils peuvent être écrits comme le témoignage de personnes extérieures qui racontent ce qu’elles savent [ou croient savoir] de ce moment ou comme un narrateur omniscient, faisant preuve d’un peu plus de neutralité. D’autres fois, ils sont écrits du point de vue Norma Jane et leur style dépend alors de l’humeur dans laquelle la jeune femme se trouve, à ce moment-là. Certains de ces passages sont écrits comme des scénarios de films ou comme des flux de conscience qui nous mèneront directement dans l’esprit agité de Norma. Cette multitude de styles au sein d’un même ouvrage m’a fait penser à L’art de la joie, de Sapienza.

Souvent, des extraits de journaux intimes sont intégrés pour illustrer ou commenter certaines événements. L’autrice nous a prévenu·es : bien que Norma Jeane laisse derrière elle de nombreux carnets intimes, tous les passages présents dans Blonde sont pure invention.

D’ailleurs, il est important de le préciser : Blonde est un roman. L’autrice s’est inspirée de la figure de Marilyn Monroe et des grandes étapes de son histoire mais elle précise en préambule qu’elle a largement retravaillé le réel pour lui faire dire ce qu’elle souhaitait. Car, à travers Norma Jeane Baker, Joyce Carol Oates a voulu démontrer comment le patriarcat et le capitalisme, bien implantés dans le milieu du cinéma, créaient des idoles de toutes pièces et n’hésitaient pas à les sacrifier dès qu’elles ne servaient plus leurs intérêts. C’est frappant dans la manière dont Marilyn Monroe a été traitée durant toute sa carrière, mais également dans les relations qu’elle entretenait avec les autres actrices. D’ailleurs, c’est là que vous devrez doublement vous accrocher car certaines scènes sont particulièrement révoltantes : les violences psychiques mais aussi physiques et/ou sexuelles sont fréquentes. Certaines décrites de manière plus frontale que d’autres.

La question de la santé mentale est aussi largement abordée dans ce roman, notamment à travers le personnage de Gladys, la mère de Norma Jeane . Il est question de la vie en institution psychiatrique, de ce que deviennent les enfants dont les parents ne sont plus aptes à les élever et des possibles traumatismes que cela peut engendrer. C’est aussi abordé sous le prisme de la maternité et des dégâts que celle-ci [ou son absence] peuvent engendrer sur la santé mentale des femmes.

Les hommes ont particulièrement le mauvais rôle dans ce roman car il n’y en a pas un pour relever l’autre [mais est-ce vraiment de la fiction ? Je ne pense pas]. Tous vont à un moment ou un autre profiter de la vulnérabilité de Norma Jeane , de son besoin désespéré d’être aimée [oui, elle a de sacrés Daddy Issues], de sa gentillesse, etc. Et si ce n’est pas directement au moment de leur relation, ce le sera après, pour salir son image ou faire du profit à ses dépens.

Un des éléments qui m’a parfois dérangée dans ma lecture, c’est que la plupart des personnages ne sont pas clairement nommés. Soit, on ne connait que l’initiale de leur nom [souvent, pour les grands noms du cinéma : producteurs, acteurs, etc.], soit ils sont appelés par un surnom ou une périphrase qui décrit leur rôle dans la vie de l’actrice [ex. : le dramaturge, l’Ex-Sportif]. Pourtant, leur description ou les liens qui les unissent à Norma Jeane sont tellement clairs qu’une simple recherche sur Google nous permet de les identifier, pour la plupart. Donc je ne comprends pas pourquoi l’autrice a voulu nous compliquer la lecture, à ce point ! Certains personnages sont réellement nommés mais je n’ai pas réussi à percer le mystère du pourquoi.

Vous l’aurez compris, c’est un roman dense, aux sujets parfois très lourds et qui vient totalement détruire l’image glamour que l’on pourrait avoir de la vie de star hollywoodienne. Il y aurait encore beaucoup de choses à en dire mais cette chronique est déjà beaucoup trop longue donc je vous invite à les découvrir par vous-même en lisant Blonde. Ce roman m’a donné envie de voir si je peux trouver les écrits de Norma Jeane car ma curiosité a été piquée ! Blonde lui rend un certain hommage dans le sens où il appuie sur le fait que derrière l’image de poupée blonde écervelée se cachait une jeune femme intelligente, fragile et forte à la fois, acharnée de travail mais souvent seule et très peu sûre de sa valeur.

Infos pratiques

  • Titre : Blonde
  • Autrice : Joyce Carol Oates
  • Traducteur : Claude Seban
  • Édition : Le livre de poche, 2022
  • Année de publication : 2000
  • Nombre de pages : 1110 pages
  • Challenge : c’est le pavé de l’hiver pour la 2e saison des pavés de Moka

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