Journal d'un écrivain de Virginia Woolf
Lecture

Journal d’un écrivain de Virginia Woolf

Comme je vous l’annonçais dans ma chroniques sur Mrs Dalloway, en novembre j’ai lu Journal d’un écrivain de Virginia Woolf. Cette lecture a eu lieu dans le cadre du Non Fiction November et m’a permis de participer au challenge de Maargorito sur les journaux d’écrivains.

Vous allez le voir, comme chaque fois qu’un livre m’a énormément plu, je peine à trouver les mots pour vous en parler. Soyez donc indulgent·es avec moi ! 😉

Résumé

Dans ce journal, on trouve une sélection [opérée par son mari,Léonard], des écrits intimes de l’autrice qui traitent de ses lectures ou de ses nombreux métiers en lien avec l’écriture [elle était journaliste, critique littéraire, écrivaine mais aussi éditrice]. Ce choix peut parfois nous frustrer car il génère de grands trous de parfois plusieurs mois dans les entrées du journal. Celui-ci couvre une période allant de d’août 1918 à mars 1941, quelques jours avant le décès de Virginia Woolf.

J’ai aussi été parfois perdue quand l’autrice faisait référence à d’autres entrées non sélectionnées ou à des personnes dont elle a sans doute abondamment parlé mais pour lesquelles nous n’avons que peu d’information dans les entrées choisies.

Et en même temps, vu la taille de ces journaux, je suis contente que Léonard m’ait facilité la tâche en opérant cette sélection thématique ! 😉

Voilà donc qu’on me pousse vers la critique. Il est réconfortant de pouvoir gagner beaucoup d’argent en exprimant ses vues sur Stendhal ou Swift.

Ce que j’en ai pensé ?!                                                                              

Ce qui ressort de ce journal, c’est le sentiment d’imposture qui semblait habiter Virginia Woolf [même si parfois, elle se laissait aussi aller à quelques vantardises]. A chaque fois qu’elle entreprend un nouvel ouvrage, elle tombe dans le même schéma : une fois qu’elle arrive à la fin de l’écriture, elle remet tout en doute, souhaite parfois détruire son travail et se persuade que personne n’aimera ce qu’elle a écrit. Et à chaque publication, c’est un succès plus grand que le précédent ! Elle m’a parfois fait penser à ces bon·nes élèves [souvent des filles] qui te martèlent qu’iels vont rater leur examen et ressorte avec la meilleure note de la classe…

Et lorsque j’atteignis cette limite je me dis : “C’est heureusement si mauvais que la question ne se pose même plus. Je m’en vais porter ces épreuves à L. comme on porte un chat crevé, et je lui demanderai de les jeter au feu sans le lire”. Ce que je fis. Le poids tomba alors de mes épaules, c’est la vérité. Je me sentis délivrée de quelque énorme fardeau.

J’ai été assez étonnée de lire qu’elle croyait si peu en elle. Et d’un côté, cela m’a rassurée de me dire que même une si grande écrivaine doutait autant d’elle-même [on cherche le réconfort où l’on peut]. Alors n’allez pas croire que j’estime qu’il y ait la moindre comparaison entre la qualité de mes écrits et ceux de la Grande Virginia, mais cela me permet dorénavant de relativiser après une séance d’auto-dénigrement. Elle avait beau dire qu’elle ne souhaitait pas prendre en compte les critiques qui paraissaient à son sujet, les tourner parfois en dérision avant même leur publication, on peut lire à travers les lignes que tout cela la touchait. Certains critiques n’étaient visiblement pas tendres avec cette femme qui se targuait d’écrire ! Mais celui dont l’avis lui était le plus cher était bien entendu son mari et éditeur, Léonard.

Je me suis parfois ennuyée sur certains passages, je ne vais pas vous le cacher. Notamment, lorsque Virginia Woolf s’attarde sur le déroulement de ses rencontres avec des personnages qui m’étaient totalement inconnus. Le genre de potins et de considérations qui peuvent éventuellement intéresser lorsque l’on connaît la personne dont il est question mais qui sont d’un ennui mortel autrement. Par contre, j’ai beaucoup aimé découvrir l’envers de certains de ses rendez-vous avec d’autres illustres écrivains et l’effet que ces personnages lui ont fait, comme Thomas Hardy pour n’en citer qu’un.

Et bien sûr, ce qui est passionnant et inspirant, dans ce journal, c’est de voir comment elle travaillait ses romans. Quelles étaient ses intentions de départ puis les ajustements qu’elle a dû faire pour parvenir à un résultat qui la satisfasse. Comment une idée lui venait, alors qu’elle est occupée sur un tout autre texte et cette nécessité de lui trouver une petite place, pour ne pas la perdre au moment où elle pourrait lui consacrer du temps. Son journal devenait alors un outil d’écriture dans lequel elle consignait ces bribes d’idées. C’était aussi amusant d’essayer de découvrir quel ouvrage se cachait derrière les nouvelles idées qu’elle décrivait, les projets qu’elle montait. Parfois j’y arrivais, mais pas toujours, n’ayant pas une assez bonne connaissance de sa vaste bibliographie. Ce qui est sûr, c’est que la lecture de ce journal m’a donné envie de la lire dans son intégralité !

Elle témoignait régulièrement de la lutte quotidienne qu’était pour elle l’écriture tout en étant un besoin insatiable dont elle ne pouvait se passer. On est loin de l’écrivaine touchée par la grâce de l’inspiration dès qu’elle s’installe derrière son bureau. Elle sortait parfois de certaines séances d’écriture aussi rompue que si elle avait passé la journée à des travaux manuels difficiles. 

L’insatiable désir d’écrire quelque chose de valable avant de mourir, le sentiment dévorant de la brièveté et de la fièvre de la vie me font me cramponner à mon ancre comme un homme sur un rocher. Je n’aime pas le fait “physique” d’avoir des enfants à soi. Cette pensée m’est venue à Rodmell, mais je ne l’ai jamais écrite. Je puis, il est vrai, me jouer à moi-même le rôle de parent, mais peut-être en ai-je tué instinctivement le penchant, à moins que la nature ne s’en soit chargée.

J’ai également aimé la suivre dans ses pérégrinations à travers la campagne anglaise, les après-midi où elle logeait en dehors de Londres [elle a eu plusieurs maisons secondaires à la campagne]. Je nous ai trouvé un nouveau point commun [en vrai, on en a quelques-uns mais je ne suis pas sûre de devoir m’en vanter…] dans ce besoin d’aller marcher de longues heures pour s’aérer l’esprit et trouver des solutions aux impasses d’écriture dans lesquelles elle se trouvait.

Maintenant, lorsqu’il m’arrive de m’éveiller tôt, je goute le luxe d’une pleine journée de solitude ; une journée de calme, sans être obligée de se composer un visage.

Contrairement à ce qu’on aurait pu croire de prime abord, ce n’est pas un ouvrage sombre : j’ai d’ailleurs été étonnée de la manière dont il se termine. Je m’attendais à y lire le déclin, à la voir sombrer dans la dépression qui la conduira à mettre fin à ses jours quelques jours après la dernière entrée enregistrée dans ce journal. Or, il n’en est rien. C’était une période plus “positive” que d’autres, en tous cas dans ce qu’elle retranscrivait. Si ce n’est qu’on y entrapercevait les difficultés et les peurs liées à la guerre. Elle parlait encore de nouveaux projets littéraires auxquels elle comptait s’adonner. Cela m’a laissée vraiment perplexe et c’est sans doute ce qui me poussera à aller lire un jour ces journaux complets, pour voir si dans ceux-là, on aurait davantage pu deviner le mal qui la frappait.

Ce ne fut pas une lecture facile : j’avais d’ailleurs choisi de ne lire que l’équivalent de deux années par jour, maximum, pour ne pas faire une “overdose” mais elle a vraiment été inspirante pour moi. Je vous la recommande si vous aimez lire les auteurs et autrices qui parlent de leur travail ou si vous recherchez de l’inspiration pour votre propre pratique d’écriture. Plusieurs fois, en refermant ce journal, je me suis surprise à prendre le mien pour y consigner mes impressions.

Infos pratiques

  • Titre : Journal d’un écrivain
  • Autrice : Virginia Woolf
  • Traductrice : Germaine Beaumont
  • Édition : 10/18, 2021
  • Nombre de pages : 574 pages
  • Challenges : Non Fiction November et Journal d’hiver

 

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