Aux endroits brisés
Lecture

Aux endroits brisés de Pauline Harmange

Le 28 octobre dernier, j’ai eu la chance de participer à la soirée de rencontre avec Pauline Harmange à la librairie Les Yeux gourmands (😍), à Bruxelles, en compagnie de ma super acolyte Fanny (son billet). Cette soirée a achevé de me convaincre : il fallait que j’achète [et surtout que je lise] Aux endroits brisés, le nouveau et premier roman de l’autrice. Et je l’ai dévoré en un week-end, tant il me fut impossible de le lâcher !

J’ai appris que l’amour, parfois, c’est être seul à deux.

Résumé

Anaïs, 25 ans, vit une période assez trouble que ce soit sur le plan personnel ou professionnel. Alors, après un dernier coup dur, elle repense à la phrase lâchée quelques mois plus tôt par son tatoueur, l’air de ne pas y penser : “Limoges, c’est une ville où l’on va pour mourir”. Cette phrase s’est imprimée en elle, en même temps que le tatouage sur ses côtes… Et si, puisque plus rien ne le retient, elle partait à Limoges pour mourir ?

Ce que j’en ai pensé ?!

Vous vous en doutez, j’ai beaucoup aimé Aux endroits brisés [en dehors du fait que je me suis beaucoup trop retrouvée dans cette Anaïs et que, depuis hier, je me demande si, moi aussi, je ne devrais pas tout envoyer valser… Alors oui, je sais, dans la vraie vie, les choses ne se passent pas aussi facilement que dans un roman mais c’est tentant.].

Les automatismes d’une adolescence oubliée ressurgissent tandis que l’atmosphère réfrigérée me glace le sang et bleuit mes pieds. Laisser les vêtements trainer au pied du lit, dormir en culotte au coton fatigué, me plonger dans le livre prêté pour bloquer toute velléité de pensée. En vain, car les mots me transportent dans d’autres histoires où l’amour est si fort qu’il fait mal.

Tout d’abord, j’ai aimé la forme plurielle de cette comédie romantique : chaque chapitre est écrit à la première personne du singulier, la plupart suivent Anaïs. Mais, de temps en temps, l’autrice nous place du point de vue de Camille, sa grande sœur, ou d’Hémon, l’homme qu’elle rencontre à Limoges. Ces quelques respirations nous permettent de mieux comprendre l’état d’esprit de chacun de ces personnages, en sortant de la vision biaisée qu’en a Anaïs. Cela nous offre aussi la possibilité de la découvrir d’un œil extérieur.

L’autrice parsème également le récit d’échanges numériques (SMS, mails, etc.) entre Anaïs et ses proches. Cela lui permet de faire intervenir d’autres voix ou de faire avancer l’intrigue plus rapidement [même si cela a apporté un poil de frustration à la lectrice curieuse que je suis, qui aurait aimé “assister” à certaines scènes].

J’ai totalement adhéré à la plume et au ton de Pauline Harmange. Il y a beaucoup de poésie dans les images qu’elle convoque, une certaine musicalité dans ses phrases mais aussi beaucoup d’ironie et de sarcasme, ce qui me parle toujours [qui en doutait encore ?]. Elle glisse aussi de nombreux clin d’œil à la pop culture reconnaissables pour des lectrices et lecteurs de notre génération, que j’ai pris beaucoup de plaisir à débusquer [bon pas sûre que mes voisins apprécient autant que moi les nouvelles séances de “et si je me remettais un petit coup de Céline ?!” que ce roman a déclenché…].

Quand soudain, vlan. La solitude m’est tombée sur le coin de la gueule comme un piano dans un dessin animé. Le bruit en a été assourdissant.

Pour ce qui est du fond, comme je l’ai dit, Aux endroits brisés est une comédie romantique. L’autrice emprunte donc certains clichés du genre : l’héroïne en détresse sentimentale après une rupture, les rencontres qui se font beaucoup trop facilement, le fameux schéma “enemy to lover”, … Mais n’oublions pas que Pauline Harmange est aussi une fervente militante de la cause féministe, ce qui infuse largement son récit. Elle nous propose notamment un nouveau type de protagoniste masculin sur lequel fantasmer loin des habituels clichés de la virilité [en vrai Hémon coche absolument toutes les cases de mes crushs potentiels de la vraie vie]. On entend souvent, dans les podcasts féministes actuels que pour que la révolution romantique ait lieu, nous devons construire de nouveaux récits qui racontent les relations telles que nous souhaitons les voir évoluer. C’est ce que nous propose ici Pauline Harmange : une nouvelle vision de la rencontre amoureuse.

A travers les problématiques que rencontrent Anaïs et ses proches, l’autrice distille également tout au long du récit des réflexions sur des thèmes importants et que l’on rencontre peu fréquemment dans ce type de littérature [et même dans la littérature de manière générale]. Quelques exemples : la gestion de la douleur liée à l’endométriose, les questions de santé mentale, les difficultés liées à la maternité, l’image renvoyée par un statut professionnel “jugé en-dessous” de ce qu’une personne pourrait envisager, la condition des femmes de chambre dans les hôtels, etc.

J’ai mal j’ai mal j’ai mal. Derrière les yeux et sous le front et dans les jambes et au fond du ventre là, tout au fond, j’aimerais passer outre j’aimerais ignorer bomber le torse être forte et ne même pas ciller, mais j’ai mal.

L’autrice nous propose des personnages fouillés qui sortent des sentiers battus. On s’attache à Anaïs malgré son côté taciturne qui peut donner envie de la secouer. On rêve [pas si] secrètement de voir débarquer un Hémon dans notre vie ou de partager un café avec Mme Conti. Aucun n’est totalement rose ou noir, il y a pas mal de gris et pas mal de failles dans ce qu’ils nous laissent entrevoir et c’est ce qui les rend crédibles.

Souvent, je me laisse happer par mon égoïsme latent, celui qui me pousse à me regarder le nombril sans me soucier des autres, jamais. J’apprends qu’il faut parfois se faire violence, pour obtenir des autres qu’ils daignent nous supporter.

Alors d’accord, l’autrice cède à certaines facilités mais cela faisait un moment que je ne m’étais plus sentie en phase avec une lecture alors je suis passée allègrement au-dessus ! Je crois que c’est ce que j’avais besoin de lire en ce moment [pour rire, pleurer, rêver à d’autres lendemains] : une jolie histoire douce-amère de reconstruction. Alors merci Pauline pour ce beau samedi en compagnie d’Anaïs.

Infos pratiques

  • Titre : Aux endroits brisés
  • Autrice : Pauline Harmange (Suivez son blog, grâce auquel je l’ai connue il y a de nombreuses années).
  • Édition : Fayard, 2021
  • Nombre de pages : 394 pages
  • Genre : comédie romantique, littérature contemporaine

 

 

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