Lecture

Mrs Dalloway de Virginia Woolf

Qui d’autre lire que la grande Virginia pour ce mois consacré aux autrices de talent ?! [En vrai, plein, mais il faut apprendre à faire des choix dans la vie, malheureusement]. De Virginia Woolf, j’avais lu Une Chambre à soi, en mars 2019 [très mauvais timing] mais je ne m’étais pas encore penchée sur ses œuvres de fiction. C’est maintenant chose faite avec Mrs Dalloway.

Résumé

Clarissa Dalloway, pimpante cinquantenaire londonienne, organise une soirée de réception chez elle pour aider au maintien du réseau de son mari, Richard, qui est parlementaire. Nous la suivons au cours de ses pensées et de ses rencontres de la journée, du matin jusqu’à la clôture de la soirée.

Ce que j’en ai pensé ?!

Curieux objet de littérature que ce Mrs Dalloway ! C’est un roman pluriel qui nous plonge dans les pensées de toute une série de personnages qui ont pour principal lien de vivre dans le même quartier londonien et de se croiser [de manière consciente ou non] au cours de cette fameuse journée pendant laquelle Mrs Dalloway prépare sa réception.

Contrairement à ce qu’en indique le titre, je ne suis pas persuadée que Clarissa soit LE personnage principal de ce roman. C’est elle qui permet de faire la jonction entre plusieurs protagonistes mais ce n’est pas celle dont la psychologie est la plus creusée. Nous avons plus souvent affaire à des pensées d’autres personnes à propos de Clarissa qu’aux pensées de Clarissa elle-même.

Dans tout ce panel de protagonistes, Virginia Woolf s’attarde plus spécifiquement sur certains d’entre eux. En premier lieu, Peter, son amour de jeunesse qu’elle a quitté pour épouser Richard. Peter vit normalement aux Indes mais il est de retour à Londres, officiellement, pour régler des affaires administratives en vue de son prochain mariage. Officieusement, je dirais qu’il a d’abord des choses à régler avec lui-même. C’est ce futur mariage qu’il vient justement annoncer à Clarissa, ce matin-là. Avec Peter, nous faisons de nombreux aller-retours vers le passé de Clarissa : leur relation amoureuse, l’amitié particulière que Clarissa entretenait avec une de leurs amies communes, etc. C’est l’occasion de se rappeler de leur jeunesse dans une maison de vacances, située dans la campagne, en dehors de Londres. Peter est un drôle de personnage, toujours occupé à jouer avec un couteau qu’il garde dans sa poche pour contrer le stress et qui ne cesse de [se] répéter qu’il n’est plus amoureux de Clarissa… Mais curieusement, celle-ci hante constamment ses pensées…

L’avantage de vieillir, se disait-il en sortant de Regent’s park, son chapeau à la main, c’est tout simplement que les passions demeurent aussi vives qu’auparavant, mais qu’on a acquis – finalement – la faculté qui donne à l’existence sa saveur suprême, la faculté de prendre ses expériences et de les faire tourner, lentement, à la lumière.

Le second personnage qui m’a marquée est celui de Septimus Warren Smith, un trentenaire rescapé de la guerre et profondément traumatisé par ce qu’il y a vécu. Il quasiment toujours accompagné de son épouse italienne, Rezia. Septimus permet à Virginia Woolf d’aborder les thèmes de la folie et de la volonté de mettre fin à ses jours. Le jeune homme est obsédé par l’idée de la mort et semble vivre dans une autre réalité. Il parle régulièrement à l’un de ses anciens compagnons, tué sur le front. Cela inquiète profondément son épouse qui ne comprend pas ce qui arrive à son mari qui, par ailleurs, possède tout ce qu’il faudrait pour être heureux : il a été promu à son retour de la guerre, possède une belle situation, une épouse aimante, etc. Virginia Woolf en profite également pour critiquer la manière dont les médecins traitent les personnes atteintes de troubles mentaux et leur entourage.

Je ne vais pas vous mentir, c’est un relativement court roman qui m’a occupée pendant un long moment car je ne parvenais pas toujours à rester concentrée. Est-ce le fait de papillonner des pensées d’un personnage à un autre qui me faisait décrocher ? La forme du roman n’aide pas forcément à s’y retrouver. Virginia Woolf utilise ici la technique du flux de conscience et ne propose qu’un seul et unique chapitre [certes, divisé en paragraphes]. Parfois, les changements de points de vue se faisaient lors du passage d’un paragraphe à un autre mais souvent, cela avait lieu en plein milieu. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de ne plus savoir de qui ont parlait et de devoir retourner quelques lignes en arrière pour m’apercevoir qu’on avait changé de focale.

Comme dans un flux de pensées, on remarque des phrases ou des sujets qui reviennent par vagues successives dans les réflexions des personnages. Cela se marque par des répétitions des mêmes expressions. Le motif des vagues, d’ailleurs, revient à plusieurs reprises dans le roman ainsi que celui des oiseaux, pour décrire certains personnages [notamment, Clarissa].

J’ai trouvé par moments que les réflexions qui apparaissaient à travers les pensées de certains personnages étaient encore très actuelles : finalement, les inquiétudes de 1925 ressemblent fortement à celles de 2021…

On ne peut pas mettre des enfants au monde dans un monde tel que celui-ci. On ne peut pas perpétuer la souffrance, contribuer à la reproduction de ces animaux libidineux, qui n’ont pas d’émotions durables, rien que des caprices et des vanités qui les font dériver tantôt par-ci, tantôt par là. […] Car la vérité (Dieu fasse qu’elle ne l’apprenne jamais), c’est que les êtres humains n’ont ni bonté ni foi ni charité, à part ce qui peut servir à accroître leur plaisir du moment.

Je dirais également que Big Ben est un personnage à part entière qui égrène ses heures de manière régulière et nous permet de nous situer dans l’avancement du récit.

Comme Le Ventre de Paris, j’ai l’impression qu’il s’agit ici d’un roman qui est plus intéressant à étudier, analyser qu’à simplement lire dans un but de divertissement. Il ne se laisse pas facilement apprivoiser.

Cette lecture plus ardue qu’attendu me donne néanmoins envie de continuer à découvrir l’œuvre de Virginia Woolf car ce personnage me fascine. Je suis curieuse de lire son Journal d’un écrivain [que j’ai acheté hier et qui va me permettre de participer au challenge de Maargorito] pour tenter de mieux cerner quelles étaient ses intentions lorsqu’elle a rédigé ce roman.

Et vous, vous aimez Virginia Woolf ?

Quel autre ouvrage me recommandez-vous de lire ?

J’ai encore “Les années” qui m’attend dans ma PAL.

Infos pratiques

 

 

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