Lecture

La Frantumaglia d’Elena Ferrante

Voici un livre qui aurait pu entrer dans le thème de septembre pour le challenge Les classiques, c’est fantastiques, si l’autrice n’était si contemporaine [mais à mes yeux Ferrante entrera bientôt dans le panthéon des autrices italiennes classiques] : La Frantumaglia d’Elena Ferrante.

Résumé

La Frantumaglia se compose de plusieurs parties, ordonnées chronologiquement, et reprend des lettres et des entretiens auxquels l’autrice a répondu au cours de sa carrière. Initialement, c’est un ouvrage qui a été republié et augmenté régulièrement en Italie, au fur et à mesure de l’évolution de la carrière de Ferrante mais il n’est sorti que récemment en français, suite au succès international récent de l’autrice.

Ce que j’en ai pensé ?

Pour celles et ceux qui seraient passés à côté du “phénomène Ferrante”, il s’agit d’une autrice italienne, qui a commencé sa carrière littéraire au début des années 90 mais qui est surtout connue, en dehors des frontières italiennes, pour sa tétralogie L’Amie prodigieuse, publiée au milieu des années 2010 et récemment adaptée en série. Au-delà de la qualité littéraire de son œuvre, ce qui intéresse surtout les médias, c’est le fait que l’autrice n’a jamais accepté de révéler qui se cachait derrière son nom de plume. Cette décision, qu’elle a prise au début de sa carrière et à laquelle elle se tient toujours aujourd’hui semble frustrer davantage les journalistes que ses lecteurs et lectrices. En effet, ils et elles ne peuvent s’empêcher de revenir sur ce sujet dans presque chaque entretien. Je dois bien admettre qu’au bout d’un moment, cela m’a passablement énervée car l’autrice répond toujours peu ou prou la même chose donc quel est l’intérêt de poser encore la question ?

Voilà ce que je voudrais dire pour clore ce chapitre : écrire tout en sachant qu’on aura pas à se montrer engendre un espace de liberté créative absolue. C’est un pré carré que j’entends défendre, maintenant que je l’ai expérimenté. Si j’en étais privée, je me sentirais brusquement appauvrie.

N’ayant actuellement lu que sa tétralogie, j’étais un peu moins intéressée par la première partie du recueil qui se penche sur ses deux premiers romans : L’amour harcelant et Les jours de mon abandon. Je n’en ai donc pas lu tous les articles mais certains m’ont véritablement donné envie de lire ces deux romans !

J’ai beaucoup aimé en apprendre davantage sur la manière dont l’autrice conçoit la littérature, sur la façon dont elle a construit ses personnages et, plus précisément Lenù et Lila. Elle aborde également longuement la question du féminisme, qui transparait beaucoup dans ses romans et ce que ce mouvement lui a apporté dans sa vie de femme et d’autrice. C’était aussi passionnant de voir les liens qui se tissent entre ses ouvrages : certains thèmes sont récurrents [la relation mère-fille, la difficulté d’être mère, la peur de l’abandon, l’écriture, …] et certains personnages semblent se répondre d’un roman à l’autre ou être la “version évoluée” de celui du livre précédent. J’ai aussi découvert, surtout dans le début du recueil, une autrice assez peu sûre d’elle et de ses capacités d’écriture. C’est déroutant tant je la trouve talentueuse [comme quoi, personne n’est à l’abri de ce fameux syndrome de l’imposteur !].

Malgré tous ces côtés intéressants, je trouve que le recueil aurait clairement pu être raccourci. Il y a beaucoup de redondance entre les différents entretiens, ce qui a fini par me lasser. Peut-être aurait-il mieux valu ne pas les retranscrire intégralement mais couper les questions trop fréquentes ? Bon, l’avantage, c’est que l’on peut voir que l’autrice est globalement constante dans ses réponses, même s’il peut y avoir quelques évolutions dans ses réflexions.

Vous l’aurez compris, La Frantumaglia s’adresse surtout à celles et ceux qui ont déjà lu l’œuvre de Ferrante et qui souhaitent en découvrir davantage sur son travail d’écriture. Je ne pense pas qu’il ait un grand intérêt pour des personnes qui n’aurait encore rien lu d’elle.

Infos pratiques

  • Titre : La Frantumaglia. L’écriture et ma vie.
  • Autrice : Elena Ferrante
  • Traductrice : Nathalie Bauer
  • Édition : Folio, 2020
  • Nombre de pages : 496 pages
  • Genre : Essai

 

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