Lecture

Un bref instant de splendeur d’Ocean Vuong

Je ne savais rien d’Un bref instant de splendeur au moment où je l’ai croisé à la bibliothèque, si ce n’est que ce livre a la curieuse faculté de bouleverser la plupart de ses lecteur·ices. Et justement, je venais de voir que Fanny s’était, elle aussi, laissée happer, je ne pouvais pas l’ignorer…

Résumé

Little Dog, c’est le surnom affectueux qu’a reçu notre narrateur. Un jeune écrivain vietnamien de 28 ans qui vit aux USA avec sa mère et sa grand-mère Lan. Il a décidé d’écrire une longue lettre à sa mère, pourtant illettrée, dans laquelle il lui raconte ce qu’il a compris de la guerre du Vietnam à partir des bribes d’histoires de Lan, il revient sur ses difficultés à vivre avec une mère qui le violente et une grand-mère qui devient démente, il témoigne du racisme vécu au quotidien… Mais, surtout, il lui raconte Trevor, son premier grand amour…

Ce que j’ai pensé d’Un bref instant de splendeur ?

Tu me manques davantage que je ne me souviens de toi.

Le hasard faisant curieusement les choses, j’ai lu ce récit peu de temps après Le Sympathisant de Viet Than Nguyen [dont je dois encore vous parler ici] qui m’avait donné une autre vision de cette horrible guerre du Vietnam et qui m’a permis de mieux comprendre certaines scènes du début d’Un bref instant de splendeur.

Je ne sais pas si c’est à cause du contexte dans lequel je l’ai lu ou si c’est simplement parce que je me suis habituée au style de l’auteur mais j’ai été assez mitigée sur la première partie avant de me laisser totalement engloutir par ce roman.

La narration est assez particulière : on dirait que le narrateur se laisse porter par ses pensées au moment où il rédige sa lettre. Il commence le récit d’un événement puis, d’un coup, il bifurque sur une réflexion ou un souvenir, puis un autre, avant de revenir à l’événement initial. Parfois, cela m’a perdue. Puis, finalement, je me suis dit que l’important ce n’était pas toujours de tout comprendre mais de me laisser porter par les émotions que suscitait son récit. Là, pour le coup… ça a marché ! J’ai même fini par me noyer dans les vagues de tristesse que charriait ce roman : je n’avais plus autant pleuré pour une œuvre de fiction depuis Alabama Monroe [et celui qui m’a vue ce jour-là saura ce que cela signifie…].

Mais mon doute est partout Maman. Même quand je sais qu’une chose est vraie jusqu’au bout des ongles, je crains de voir le savoir se dissoudre, je crains qu’il ne perde sa réalité, bien que je l’aie écrit. Je nous fais de nouveau voler en éclats, pour pouvoir nous emmener ailleurs… où exactement, je ne suis pas sûr. De même que je ne sais pas comment te décrire : blanche, asiatique, orpheline, américaine, mère ?

Autant prévenir les âmes sensibles, cette lecture est dure : entre les scènes de torture animale durant la guerre du Vietnam [j’ai encore l’image de ce singe gravée dans ma mémoire…], les violences intra-familiales, la déchéance devant la maladie et la douloureuse histoire avec Trevor, votre petit cœur risque de se briser mille fois ! Sans oublier les scènes où le narrateur et ses proches font l’objet de racisme ordinaire ou d’homophobie qui sont proprement révoltantes.

Le tout est porté par une écriture très poétique, au vocabulaire très riche et évocateur qui, d’un coup, peut basculer dans le cru voire dans le glauque. Notamment, lorsqu’il évoque certaines scènes sexuelles ou l’évolution de la maladie de Lan. C’est très puissant. Il y a également de très intéressantes réflexions sur le rôle de la littérature, de l’écriture, dans ce texte.

L’histoire d’amour qui nous est présentée dans toute la seconde moitié de cette autofiction m’a beaucoup touchée. Elle montre les difficultés pour Trevor de s’accepter en tant qu’homosexuel et la manière dont cela influe sur ses relations avec Little Dog. Cette violence, sans doute involontaire, qui vient abimer des moments d’intimité et brise l’estime de lui-même du narrateur… Ce dernier témoigne également du manque de représentation qui obligent les adolescents à apprendre la sexualité à travers les films pornos, qui sont loin de montrer la réalité d’une relation homosexuelle. Je n’avais encore jamais lu un récit qui aborde ces questions de cette manière et cela m’a ouvert les yeux sur certaines réalités qui me sont inconnues. Je pense qu’il peut être vraiment bénéfique pour de jeunes personnes concernées [enfin, pas trop jeunes non plus hein compte tenu de tout ce que j’ai dit plus haut].

Après avoir joui, quand il a essayé de me prendre dans ses bras, les lèvres posées sur mon épaule, je l’ai repoussé, j’ai enfilé mon caleçon, et je suis allé me rincer la bouche. Parfois, la tendresse qu’on vous offre semble la preuve même qu’on vous a abimé.

Bref, encore une fois quand un roman me bouleverse à ce point, j’ai l’impression d’être incapable de vous en parler correctement. Alors, je ne dirais qu’une chose : si vous êtes dans le bon état d’esprit, lisez-le ! Je relirai ce roman : ne serait-ce que parce que l’ayant emprunté à la bibliothèque, j’ai ressenti une grande frustration de ne pas pouvoir surligner certains passages magnifiques que j’aimerais garder en mémoire.

Infos pratiques

  • Titre : Un bref instant de splendeur (On Earth We’re Briefly Gorgeous)
  • Auteur : Ocean Vuong
  • Traductrice : Marguerite Capelle
  • Édition : Gallimard, coll. du Monde entier, 2020
  • Nombre de pages : 290 pages
  • Genre : autofiction

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