Légende d'un dormeur éveillé
Lecture

Légende d’un dormeur éveillé de Gaëlle Nohant

Découverte avec La Part des flammes, Gaëlle Nohant devient une habituée de ma bibliothèque puisque Légende d’un dormeur éveillé est le 3e roman d’elle que je lis. Ici, elle renoue avec le roman historique puisqu’elle nous propose une biographie romancée du poète surréaliste Robert Desnos.

Résumé

Dans ce roman, nous suivons Robert Desnos, depuis ses premier pas dans le cercle des surréalistes parisiens, jusqu’à la fin de la 2e Guerre mondiale.

Ce roman nous narre ses rencontres avec la scène culturelle de l’époque, contenant leurs lots d’amitiés, de passions et de rivalités. Puis arrive la période sombre de la guerre et l’autrice nous fait voir les conséquences des engagements politiques divers de tout ce beau monde…

Ce que j’en ai pensé ?!

En bonne romaniste que je suis, j’ai dû étudier les surréalistes (surtout Breton, Eluard et Aragon) durant mon cursus [#Madeleine]. Le nom de Desnos ne m’était donc pas inconnu, si ce n’est que j’étais incapable de citer la moindre de ses œuvres. Je dois dire que ce n’était pas un courant littéraire auquel j’avais particulièrement accroché à l’époque : je les prenais un peu pour des hurluberlus…

Gaëlle Nohant a donc réussi la prouesse incroyable : me donner envie de me pencher à nouveau sur leurs œuvres pour espérer y trouver ce que je n’avais pas su décoder à l’époque. C’est-à-dire, les signes d’une farouche envie de liberté, de tolérance et d’un certain engagement politique. Même si je pense que l’on ne m’a pas fait découvrir les auteurs les plus ouverts d’esprit du groupe : ce que Breton avait l’air tyrannique et sectaire !

Le Robert Desnos que l’on découvre au fil des pages m’a beaucoup touchée. Par son amour pour Youki, tout d’abord, qui lui a inspiré des vers qui m’ont frappée en plein cœur. Le roman est sans cesse entrecoupé d’extraits de son œuvre qui répondent aux éventements qui sont relatés.

“Et je proclame ici André Breton tonsuré de ma main, déposé dans son monastère littéraire, sa chapelle désaffectée, et le surréalisme tombé dans le domaine public, à la disposition des hérésiarques, des schismatiques et des athées.”

Une belle manière de la redécouvrir. Mais ce que j’ai admiré tout au long du récit, c’est sa tolérance, son ouverture d’esprit et surtout, le fait qu’il n’avait pas peur de revendiquer ses idées politiques à travers ses écrits journalistiques, sa poésie ou ses conversations en ville. Cela ne lui a clairement pas valu que des amitiés…

J’ai également découvert un artiste qui souhaitait transmettre ses idées et la beauté de la langue au plus grand nombre. Il a donc multiplié les formats qu’ils soient écrits ou audio, allant jusqu’à écrire des contes pour enfants durant la guerre.

Dans ce roman, nous l’accompagnons au gré de ses rencontres avec le Tout-Paris : c’était amusant de voir comment pouvaient se lier toutes ces personnes. Je n’avais pas spécialement conscience de la si grande libération des mœurs de l’époque [il ne fallait clairement pas être de nature jalouse si on souhaitait les fréquenter !].

Dans ce milieu, exiger l’exclusivité d’un amour, c’est outrepasser ses droits. Comme s’ils avaient une telle conscience de la brièveté de leur vie qu’ils ne pouvaient renoncer à cette multiplicité d’expériences, de tourments, d’extases. Il y a de l’avidité, de l’angoisse, et cette liberté si vertigineuse qu’on perd l’équilibre sur un sol vacillant.

L’autre personnage important de ce roman, c’est Youki Foujita : la jeune femme, mariée au peintre japonais, collectionnait les conquêtes dont Desnos a fait partie. Elle semble assez futile à travers le regard de Desnos, mais on finit par découvrir un personnage beaucoup plus complexe que prévu.

Alors, je ne vais pas vous mentir, j’ai parfois trouvé ce roman franchement long, notamment durant les deux premières parties, avant l’entrée en guerre. Desnos s’empêtre dans son aventure avec Youki, qui semble pourtant vouée à l’échec et cela devient un peu redondant. Par contre, je me suis totalement laissée happer par la seconde moitié du roman. Là, les personnages dévoilent toute leur complexité.

Je vous conseille donc Légende d’un dormeur éveillé si vous désirez en apprendre davantage sur la vie de ce poète qui a gardé son optimisme et son amour pour la vie, même dans les moments les plus sombres de son existence. Par contre, je vous suggère d’attendre une période un chouilla plus joyeuse pour vous y plonger car je dois dire qu’en cette époque de crise et d’annonce de couvre-feu, ce n’était pas la lecture la plus réconfortante qu’il soit !

“Jamais d’autre que toi en dépit des étoiles et des solitudes.”

Informations pratiques

  • Titre : Légende d’un dormeur éveillé
  • Autrice : Gaëlle Nohant
  • Édition : Le Livre de Poche, 2018
  • Nombre de pages : 616 pages
  • Genre : roman historique, biographie romancée
  • Lu dans le cadre du Pumkin Autumn Challenge 2020 – Catégorie Fafnir ton assiette sinon pas de piécette

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