Lecture

Aux portes de l’éternité de Ken Follett [Le Siècle #3]

Nous y voilà enfin ! Je suis arrivée au bout de cette magnifique saga dont j’avais commencé la lecture durant l’été 2016. Les deux premiers tomes furent de très bonnes lectures et ce fut également le cas pour Aux portes de l’éternité.

Résumé

Nous poursuivons le parcours de vie des cinq familles que nous avions déjà rencontrées dans les tomes précédents. Chacune s’est reconstruite après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale et se prépare à affronter de nouveaux tourments : la guerre froide entre les États-Unis et l’URSS qui risque fort d’avoir des répercussions sur les projets de vie de chacun. Une fois encore, les enjeux politiques mondiaux vont mener à des séparations douloureuses.

Ce que j’en ai pensé ?!

Ce dernier opus est une pavasse de plus de 1200 pages : autant vous dire que j’en appréhendais un peu la lecture car la période de la guerre froide, tout comme la guerre du Vietnam, ne sont pas spécialement celles qui m’attirent le plus dans la littérature. Finalement, je l’ai dévoré en un peu plus d’une semaine, passionnée par la manière dont l’auteur nous décrit les enjeux politiques de cette seconde moitié du XXe siècle.

Pour ce faire, il reprend les mêmes ficelles que précédemment : ses personnages, chacun à leur niveau, sont impliqués dans les grands événements de l’Histoire. Alors, évidemment, on pourrait critiquer le fait que les rencontres entre les différents personnages, ainsi que leur propension à toujours parvenir à intégrer les hautes sphères du pouvoir s’opèrent un peu trop facilement pour que cela soit toujours très réaliste. De même que la facilité déconcertante avec laquelle la carrière de nos protagonistes évolue de manière à toujours les placer à l’endroit idéal pour venir servir l’Histoire. Mais c’est un parti pris de l’auteur qu’il faut accepter pour apprécier pleinement le roman dont l’objectif est surtout de nous montrer comment se sont organisés les événements et quels enjeux politiques se cachent derrière tout cela.

La lectrice que je suis ne peut qu’apprécier la manière assez féministe dont l’auteur construit ses personnages [féminins et masculins]. Bien sûr, certaines femmes sont décrites comme des intrigantes qui utilisent leur corps pour parvenir à leurs fins [tout comme certains hommes jouent de leur pouvoir pour en asservir d’autres] mais la plupart des protagonistes féminines sont à nouveau des femmes fortes qui prennent leur avenir en main, tant du point de vue personnel que professionnel, sans suivre aveuglément l’avis des hommes qui les entourent. Ce sont des femmes auxquelles les lectrices peuvent avoir envie de s’identifier. Certaines réflexions sur le fait de devoir ou non sacrifier sa carrière pour laisser place à celle de l’autre sont intéressantes. Bon, avec un petit bémol quand même sur le côté guimauve de certaines fins…

La question de l’avortement est également abordée à plusieurs reprises, dans différentes conditions, en intégrant la responsabilité des hommes dans ces situations. Les réactions des personnages ne sont pas toujours celles que nous voudrions qu’elles soient mais il y a alors des réflexions pouvant provenir tant du narrateur que d’autres personnages qui permettent de réfléchir au bien fondé de certaines réactions. Une critique virulente est d’ailleurs faite à l’égard de ceux qui cherchent à se débarrasser un peu trop rapidement du “souci” avec un peu d’argent ou en faisant jouer leurs relations.

La lutte pour le respect des droits civiques est aussi largement décrite dans ce roman. Encore une fois, ce fut une partie qui m’a véritablement passionnée tout autant qu’elle m’a horrifiée. L’auteur montre comment La Maison Blanche a manœuvré pour régler le “problème” sans que cela n’ait trop de retombées négatives sur les élections législatives. Il montre également le changement de mentalité opéré chez certains personnages à force d’être en contact avec des personnes de couleurs pour lesquels ils éprouvaient des sentiments [amoureux ou amicaux] ou du respect sur le plan professionnel. J’ai aimé cette façon de faire : que tout ne soit pas trop manichéen avec uniquement des convaincus dès le départ mais aussi des personnes dont la mentalité évolue au fil du temps. C’est plus réaliste.

L’auteur s’est également intéressé aux revendications des droits des personnes LGBT, par l’intermédiaire de personnages évoluant dans le milieu du spectacle mais aussi, dans la sphère politique. Il rappelle d’ailleurs, par l’intermédiaire d’un de ses anciens personnages, qu’il avait déjà semé quelques graines de réflexion dans le tome précédent.

Encore une fois, le roman nous montrer à quel point chaque décision politique peut être imbriquée dans un imbroglio beaucoup plus complexe qu’il n’y parait au premier abord. Ainsi, l’instauration d’une loi sur l’amélioration des conditions de travail pour les personnes noires aux USA pouvait avoir des conséquences sur la vie des habitants de Berlin-Ouest car cela aurait pu modifier l’opinion publique américaine et faire basculer les élections législatives en faveur d’un camp qui était également partisan d’une guerre froide beaucoup plus musclée. Et puis finalement, l’Histoire étant ce qu’elle est, c’est un autre événement qui est venu tout faire basculer…

Vous l’avez peut-être compris en voyant sur quels aspects du roman je me suis davantage arrêtée : j’ai été plus volontiers passionnée par le volet occidental de ce dernier tome. Et même avec cette focale, je ne me suis pas arrêtée sur tous les sujets qui interviennent dans le récit. Mais ce qui se passe à l’Est était tout aussi passionnant et révoltant… Au point que ce roman m’a donné envie de me pencher sur d’autres, qui abordent le même sujet.

Le maître mot d’Aux portes de l’éternité, pourrait être la “conquête de la liberté” pour tous les protagonistes impliqués, qu’importe le côté du mur derrière lequel ils se tiennent.

Ce que je reproche majoritairement à ce dernier volet [et cela ne m’avait pas autant choquée dans les précédents], c’est la trop grande importance donnée aux relations amoureuses des personnages. Il est normal que certains personnages vivent des relations amoureuses, cela ajoute encore plus de réalisme aux vies de chacun, mais j’ai trouvé que certaines passades prenaient trop de place dans le récit.

J’ai également été quelque peu agacée par la redondance de certaines descriptions [toujours plus ou moins identiques] lorsque l’auteur faisait intervenir des personnages plus secondaires. Je crois, par exemple, que nous avons tous largement compris que Lev Pechkhov a un style vestimentaire plus que douteux et n’est pas capable de porter des costumes repassés…

Mis à part ces quelques points de détails, j’ai à nouveau beaucoup aimé ma lecture et suis à la fois heureuse et triste d’être parvenue à la fin de cette aventure. Encore une fois, je vous recommande cette saga si vous aimez les fresques historiques et les sagas familiales !

Infos pratiques

  • Titre : Aux portes de l’éternité [Le Siècle #3]
  • Auteur : Ken Follett
  • Traducteurs et traductrices : Jean-Daniel Brèque, Odile Demange, Dominique Haas et Nathalie Gouyé-Guilbert
  • Édition : Le Livre de Poche, 2014
  • Nombre de pages : 1280 pages
  • Thèmes : roman historique
  • Challenge : un pavé par mois de Bianca

 

 

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